Une silhouette à la Ma Dalton, toute frêle et toute voûtée, marchant lentement à petits pas. Mais point de doux Sweetie l’attendant à la maison ni de cabas renfermant une vieille pétoire ; non, à la place, un piano et un vieux secret bien dissimulé, des velléités de lâcheté sous un vernis de maîtrise et de détermination. Face à elle, au contraire, un jeune être de colère à l’état pur, sans aucune retenue, mais dont l’origine d’un tel mal-être, voire la culpabilité, finissent par poser question. A chacune ses démons… La force de ce film est de faire de ces deux personnages des portraits pleins d’ambivalences ; car si une relation étroite se noue évidemment, tant bien que mal, entre la vieille femme, décidée à amener Jenny à la victoire d’un concours de piano, et la jeune rebelle aux mains blessées à force de coups et de rognage d’ongles, prompte à s’enflammer et à distribuer insultes et coups sanglants, elle ne se résume pas à l’apprivoisement de part et d’autre empli de pathos qui aurait pu en découler. Non, il se joue des forces dramatiques bien plus complexes, avec une complicité qui affleure et reste à la surface, toujours en prise à des remous bien troubles et à des affrontements terribles.

4 minutes est empreint de violence, sous toutes ses formes, physique, psychologique, sentimentale. Mais, bizarrement, il réussit à disséminer çà et là , à intervalles brefs mais réguliers, de furtives touches d’humour, paradoxalement bien souvent grâce au personnage revêche de Traude Krüger, s’échappant là encore de toute catégorisation trop rapide. Le film n’est certes pas exempt de quelques maladresses et lourdeurs scénaristiques qui l’empêchent d’atteindre la perfection, mais celles-ci se laissent facilement oublier sous l’impact visuel et sonore produit par une caméra très juste et une musique puissante et extrêmement présente, élément constitutif du film à part entière, capable d’alterner avec vigueur classique et hard-rock… La confrontation entre Jenny et non seulement Traude Krüger, mais quasiment tous les êtres auxquels elle a affaire – ses compagnes de cellule vindicatives, le gardien de prison jaloux de sa relation avec celle qu’il considère comme son mentor, son père adoptif au comportement ambigu… –, l’amour de la musique, les fantômes aussi du nazisme s’allient pour saisir et prendre aux trippes, dans une vraie charge émotionnelle.

Il faut également à ce sujet saluer, outre le talent du réalisateur, Chris Kraus, le jeu exceptionnel de Monica Bleibtreu et de Hannah Herzsprung, respectivement Traude Krüger et Jenny, sidérantes et sans nul doute dirigées de main de maître, de même que le reste des acteurs. Il sera difficile d’oublier de sitôt la silhouette menue et courbée de la première, comme le visage et le regard furibards ou indifférents de cette détenue respirant le rejet et l’abandon, toute de guingois même dans sa robe d’apparat, et comme se libérant dans un déchaînement presque bestial durant les 4 minutes concédées sous les projecteurs.

Titre original : Vier Minuten Réalisation : Chris Kraus Scénario : Chris Kraus Photographie : Judith Kaufmann Musique : Annette Focks Interprétation : Monica Bleibtreu, Hannah Herzsprung, Sven Pippig Pays : Allemagne Genre : Drame Durée : 1h 52min Date de sortie : 16 Janvier 2008 Année de production : 2006 Distribution : EuropaCorp Distribution Images © EuropaCorp Distribution