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Turn Me On

de Jannicke Systad Jacobsen, sortie le 18 janvier 2012

jeudi 19 janvier 2012, par Nausica Zaballos Dey

Cette semaine, Turn me on, un premier long-métrage d’une jeune cinéaste sort sur les écrans français sans grand renfort médiatique…Et pourtant…Avec l’adaptation d’un roman d’Olaug Nilssen, devenu culte en Scandinavie, Jannicke Systad Jacobsen signe une œuvre d’une grande justesse sur les atermoiements de l’adolescence dont on ressort léger et heureux.

Véritable bijou de cinéma indépendant, Turn me on dépeint la descente aux enfers toute relative d’Alma, jeune sylphide blonde de 15 ans, qui, mi- amusée mi- fière, a eu le tort de raconter à ses copines les avances d’Artur, le beau guitariste de la chorale du village. Avances très crues que le jeune homme s’empresse de démentir. C’en est alors fini de la réputation d’Alma qui se voit affublée d’un sobriquet pour le moins explicite, « Alma la bite. » Devenue une outcast, elle accepte alors son nouveau statut au sein du groupe et prend des poses de plus en plus rebelles, assumant pleinement son rôle de sex-addict et de droguée présumées, ce qui aggrave encore plus son cas aux yeux des voisins, enseignants, lycéens et parents de ce petit village coincé entre les fjords.

Le charme de Turn me on tient dans la capacité de la réalisatrice à aborder frontalement, mais aussi avec délicatesse et pudeur, un thème relativement tabou au cinéma : la sexualité des adolescents. Le roman d’Olaug Nilssen, publiée alors qu’elle n’avait que 21 ans, est beaucoup plus cru et noir que son adaptation cinématographique. En ne tournant pas certaines scènes présentes à l’écrit, la réalisatrice souhaitait épargner ses jeunes acteurs qui faisaient quasiment tous leurs premiers pas devant la caméra. Elle voulait aussi éviter de voir ses interprètes –et son film- sombrer dans l’image racoleuse de l’adolescent « qui ne pense qu’à ça » version American Pie.

Certes, Alma ne pense qu’à ça…mais comme c’est une fille décidée et pas un geek ou quarterback américains, elle parvient à faire rimer sexe avec amour. Si elle fait appel au téléphone rose –réclamant à corps et à cris devant sa mère son droit aux appels cochons- c’est surtout parce qu’elle se sent terriblement seule et incomprise. Si seulement Artur voulait bien l’enlacer… Les désirs de plus en plus impérieux d’Alma font écho à sa soif d’amour absolu. Et les scènes d’amour rêvées par Alma expriment une extrême tendresse, en complet décalage avec son utilisation masturbatoire des services et revues pornos. Puisqu’Artur n’a pas voulu reconnaître au grand jour ce qu’il ressent pour elle, elle prendra ses jambes à son coup, quittera le village honni et d’une certaine manière croira devenir une femme, une grande.

On retrouve dans Turn Me On tous les personnages de la teen movie : la meilleure amie intello, brune gothique, qui rêve d’abolir la peine de mort aux Etats-Unis et, en bonne féministe, clame qu’elle ne se mariera jamais ; le musicien que les filles se disputent et qui en pince secrètement pour celle qu’on rejette, la Barbie blonde pimbêche vêtue de rose, la mère divorcée dépassée par les événements… Les filiations sont aisées : de Dream on à Scrubs pour les inserts de rêves-hallucinations du personnage principal qui plongent parfois le spectateur dans le doute quant à réalité des événements portés à l’écran à Ghost World pour le portrait d’une amitié vacillante entre deux adolescentes, la brune cérébrale et la blonde plus sentimentale… On pense aussi parfois à Juno.

Mais, l’intérêt de Turn Me On est de détourner, sans jamais en avoir l’air, les codes de la teen movie. A la fois chronique provinciale et comédie sentimentale, le film navigue au plus près des motivations cachées des personnages. Ainsi, telle voisine en apparence acariâtre se révèle une grand-mère aimante. Tel amant du téléphone rose pallie à la présence parentale qui fait tant défaut à Alma… Comme pour mieux souligner l’absurdité de jugements à l’emporte-pièce et la générosité de cœur des gens en général. La fin, happy-end prévisible, garde malgré tout sa part d’inattendu et l’on quitte à contrecœur cette petite communauté bien sympathique.

P.-S.

Année : 2011 Date de Sortie : 18 Janvier 2012 De : Jannicke Systad Jacobsen Avec : Helene Bergsholm, Malin Bjørhovde, Beate Støfring... Genre : Comédie Pays de production : Norvège Durée : 1h16

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