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Detachment
sortie le 1ier février
lundi 23 janvier 2012, par
Henry, jeune professeur remplaçant, est parachuté dans le lycée public d’une banlieue sensible. Avec une vie personnelle au moins tout aussi compliquée que sa vie professionnelle, son "detachment" lui permet de continuer à avancer, sans trop se questionner. Mais un grand-père mourant et l’arrivée d’une jeune adolescente dans son appartement vont faire resurgir le passé, et le détachement d’Henry, forme d’insensibilité, finit par se craqueler.
On peut reconnaitre au film le mérite de s’attacher à l’épineux sujet de l’éducation dans les banlieues dites "sensibles". Même si dans le film, élèves et parents semblent précisément assez peu "sensibles" ; eux aussi sont plongés dans une sorte de "detachment", et la télévision semble avoir davantage de prise sur eux que la réalité. Henry, incarné par Adrien Brody, semble hors d’atteinte ; personnage fantôme, il erre le long de sa vie, prisonnier du passé et détaché du présent.
En somme, ce qui pourrait passer pour un Entre les murs américain en est finalement assez éloigné. Le film ouvre la voie à une réflexion qui va au-delà de la simple description d’un constat alarmant. Tony Kaye ne donne pas de solutions, mais il suscite des pistes de réflexion, des questionnements. Au-delà du portrait d’un professeur de banlieue, Kaye dresse un état des lieux (certes, lourd et exagéré) de la société. Car il ne se borne pas à montrer des élèves contestant l’autorité du corps enseignant ; parents, professeurs, élèves, c’est toute la société qui est impliquée dans cet échec de communication pourtant communicatif, dans cette crise inter-générationnelle. C’est une réflexion sur le sens de la vie, sur l’échange et la transmission à travers trois générations. Le film dépeint non seulement l’absence d’échanges entre professeurs et élèves, mais également entre parents et enfants, parents et professeurs, grand-parents et petits-enfants... Bref, c’est toute une société qui ne communique plus, chacun est et reste muré dans son detachment.

C’est peut-être ici que le film trouve ses limites. Kaye ne lésine pas sur le côté dramatique ; le film s’enfonce dans une noirceur déprimante. On aurait aimé un peu plus de nuance et de subtilité ; le cinéaste semble filmer la mort planer au-dessus de tous les personnages avec une certaine complaisance. Etouffant, étouffé par son herméticité au bonheur, Kaye noircit le tableau de son film ; seule Erica, jeune prostituée dont Henry prend soin, semble avoir un avenir, tandis que les élèves les moins réfractaires au discours d’Henry, ceux chez qui l’on perçoit un potentiel artistique et de réflexion sont ceux pour qui la fin est la plus sombre. L’école semble alors le pire des remèdes ; seule Erica, qui semble bien avoir l’âge d’être étudiante mais ce dont il n’est jamais question, s’en sortira.
Si quelques pointes mélodramatiques n’allègent pas vraiment le film, assez peu nuancé (l’idée des retrouvailles entre Henry et Erica, courant vers lui au ralenti, sur fond de soleil couchant), il est cependant porté par des acteurs impressionnants de justesse (Adrien Brody, Lucy Liu, la jeune Sami Gayle...) et par quelques jolies idées. Par exemple, celle de faire le portrait un peu cliché d’un grand-père attaché à son petit-fils, pour ensuite en jouer et insinuer qu’avant de devenir gâteux, il était loin d’être un grand-père attentionné...

L’autre point noir du film est son mode de narration. Detachment présente une esthétique type "amateur" afin de crédibiliser le film et son sujet. L’ouverture consiste en interviews des professeurs, qui sont censées être postérieures au temps narratif. Interviews en noir et blanc, sur le dur métier d’enseignant, le choix de la profession, le manque de reconnaissance, mais une voie qui vous est destinée malgré vous, qui vous choisit. Bref, une bonne partie des poncifs sur les enseignants y passe. Mais Kaye ne fait pas dans la finesse lorsqu’il rend hommage à ceux "qui donnent tout pour ne jamais recevoir" ; à grand renfort de zooms, de mises au point tâtonnantes, de cadrages hésitants, Detachment n’échappe pas à la règle des "films à sujet social" du moment, et prend tout artificiellement un aspect documentaire. Dommage, car Kaye a par ailleurs de très bonnes idées de mise en scène, notamment dans son utilisation des couleurs. Cependant, malgré une première mauvaise impression due à cette série d’interviews, quelques scènes poétiques relèvent le film, le tirant parfois vers l’absurde, venant compenser cette esthétique documentaire et lui donner un peu plus de profondeur. Dans une jolie séquence finale, teintée de poésie et d’un certain lyrisme, Henry donne cours à une classe vidée de ses élèves, remplacés par leurs feuilles de notes mêlées aux feuilles mortes des arbres.
P.-S.
Date de sortie : 1 février 2012 (1h 37min) Réalisé par Tony Kaye Avec : Adrien Brody, Marcia Gay Harden, James Caan... Genre : Drame
