Cinemapolis
Cinémapolis est le site des actualités du cinéma.

Accueil » Critiques » Films » 7h58, ce matin-là
impression envoyer l'article par mail title=
  • Del.icio.us
  • Facebook
  • Google
  • Live
  • MySpace
  • Scoopeo
  • Wikio
  • Blogmarks
  • Mister wong
  • Viadeo
par Damien Moreno, samedi 13 octobre 2007
7h58, ce matin-là


Avec Jugez-moi coupable, Sidney Lumet avait signé un retour contrasté, livrant un long métrage de studio à l’orée du film de procès et de la comédie. Un maelstrom sympathique mais pas vraiment convaincant. En tout cas, le film a marché et a permis au réalisateur de 12 hommes en colère de préparer son vrai retour avec 7h58, ce matin-là. Véritable descente aux enfers, suffocante, et portrait de la décrépitude de l’humanité à l’heure du capitalisme.

Andy et Hank sont frères. Andy (Philip Seymour Hoffman), l’aîné, s’enferme dans une vie faussement confortable : un boulot pas vraiment épanouissant et une vie conjugale boiteuse. Hank (Ethan Hawke), le cadet, lui, est un looser patenté qui a du mal à trouver grâce aux yeux de sa fille, et encore moins à ceux de son ex-femme. Il ne bénéficie des faveurs que d’une seule femme, celle de son frère.

On touche ici la raison d’être de 7h58, ce matin-là : explorer l’homme dans ses comportements les plus vils. Mais S. Lumet ne se contente pas d’effleurer le problème, il y rentre dedans corps et âme, et nous avec. Le point d’orgue de ces petites attitudes est la décision des deux frangins de braquer la bijouterie familiale. Une idée dégueulasse orchestrée par Andy qui va rapidement virer au drame en causant la mort de la mère. Dés lors, on naviguera dans les eaux troubles de la culpabilité, du mensonge, de la traîtrise…Une traversée éprouvante qui finira par nous entraîner par le fond.

7h58, ce matin-là, le titre français du film (Before the devil kows you’re dead, en VO), indique un commencement, un début. 7h58, ce matin-là ou le déclenchement d’une descente aux enfers où tous nos repères se brouillent et finissent par ne plus exister. La famille, le couple, la fratrie, Sidney Lumet s’applique à les briser pour redéfinir un nouveau système de valeurs fondé sur la cupidité , l’égoïsme, la peur et la violence.

La brisure, Lumet l’applique aussi à sa mise en scène, refusant une structure linéaire et alternant les points de vue à grand renfort de flash-back. Un parti pris de mise en scène qui peut dérouter mais qui démontre une logique et une cohérence dans le développement d’une histoire basée sur la déstructuration, que ce soit celle de la psychologie des personnages ou du récit lui-même.

Avec 7h58, ce matin-là, Sidney Lumet prouve (si besoin est) qu’il reste l’un des cinéastes américains les plus importants et des plus enragés. Un cinéaste qui continue d’être toujours bien entouré. La force du propos doit beaucoup à des acteurs inspirés et surtout bien dirigés. Philip Seymour Hoffman continue d’impressionner dans un rôle borderline, Albert Finney, vu récemment dans La Vengeance dans la peau, n’est pas en reste, pas moins que Marisa Tomei (trop rare) ainsi que Ethan Hawke qui campe impeccablement l’égarement et la fragilité.

7h58, ce matin-là est sans doute le film le plus pessimiste, le plus noir, qu’on ait vu depuis le Black Book de Verhoeven. On en ressort déboussolé, avec l’impression d’avoir vécu un moment aussi éprouvant que rare au cinéma. Respect, M. Lumet.

Titre original : Before the Devil Knows You’re Dead Réalisation : Sidney Lumet Scénario : Kelly Masterson Musique : Carter Burwell Photographie : Ron Fortunato Interprétation : Philip Seymour Hoffman, Ethan Hawke, Marisa Tomei Pays : Etats Unis Genre : Thriller Durée : 1h 56min Année de production : 2007 Date de sortie en France : 26 Septembre 2007 Distribution : UGC Ph Images © UGC Ph

Voir en ligne : Le site officiel