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par Olivia Michel, samedi 13 octobre 2007
99 F


Corrosif, sans concession et sans espoir, brutal et terriblement accrocheur, le dernier film de Jan Kounen est un coup de poing, ensanglanté. La publicité comme vous ne l’avez jamais imaginée. Voilà le pitch de ce film adapté du best-seller de Frédéric Beigbeder, 99 F.

Revoilà Octave, le héros littéraire et double de Beigbeder, sous les traits assez trompeurs de l’acteur le plus coté du moment, Jean Dujardin. Le film frappe au bon endroit. On en prend plein les yeux, effets spéciaux et déversements de toutes sortes forment le quotidien des personnages déjantés qui s’agitent beaucoup à l’écran.
La problématique de base : les gens heureux ne consomment pas. La perversion est partout. Nous sommes des dominés et les dominants nous sont montrés sous leur plus mauvais profil.

Octave travaille à La Ross, la plus grande agence de publicité du monde. Ses meilleurs alliés : argent, cocaïne et filles retouchées. Antihéros moderne, il ne supporte rien de ce qu’il y a dans sa vie. Seules les gouttes de sang qui s’échappent de ses narines lui rappellent qu’il est vivant. Triste, déroutant et fascinant, le personnage incarné par Dujardin chute de plus en plus. Il dévie de son programme, tombe amoureux, n’assume pas une éventuelle paternité qui l’empêcherait de se détruire, se fait quitter, déprime, devient fou... Prostituées, suicides, drogue et nausées sont les éléments de ce film amer et palpitant.

Retour trash de Jan Kounen

Rythmé par une bande-son électrisante, ce film est un OVNI dans le paysage cinématographique. L’univers particulier de Kounen se déploie parfaitement, avec un surdosage de provocation et d’humour noir qui fonctionne très bien. Enfin un film français qui parle de notre monde, de cette société de consommation guerrière qui nous entoure, dans laquelle on baigne sans même plus s’en apercevoir. On retrouve le Kounen de Doberman, surexcité, insolent, acide, qui lance une bombe au système consumériste avec un humour trash. Il est très intéressant de retrouver le réalisateur dans cet univers qui était le sien à ses débuts. Il y a un lâcher-prise immense dans le choix de chaque image, les montages délirants et le rythme vif qui domine le film jusqu’à la totale déstructuration...

99 F est un long métrage très courageux, corrosif à souhait, qui ne ressemble pas du tout à ce qu’on peut voir en France. On est plus proche de films comme Fight Club, par exemple. D’autant plus que le choix de Jean Dujardin dans le rôle de l’acteur principal est osé. Si l’on retrouve parfois les mimiques maintenant célèbres du Brice de Nice, le comédien est épatant dans le rôle d’Octave. Pour la première fois, on le voit dans la peau d’un héros arrogant et dangereux, et il quitte ses habitudes d’humour soft avec une aisance remarquable. Le reste du casting est également efficace. Jocelyn Quivirn épouse avec un naturel déconcertant son rôle, mais on regrette juste le jeu un peu léger de Vahina Cocciante qui est, vite ombragée par la pétillante Elisa Tovati.

Réalisation : Jan Kounen Scénario : Nicolas Charlet et Bruno Lavaine d’après le roman de Frédéric Beigbedder Musique : Jean François Hertz, François Roy Interprétation : Jean Dujardin, Jocelyn Quivrin, Vahina Giocante Pays : France Genre : comédie satirique Durée : 1h40 Année de production : 2006 Date de sortie en France : 26 septembre 2007 Distribution : Pathé Distribution Images © Pathé Distribution

Voir en ligne : Le site officiel
Pour aller plus loin :
Voir aussi l’article de Pierre Fonsagrive sur 99 F