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par Pierre Fonsagrive, dimanche 6 avril 2008
A Bord Du Darjeeling Limited


"J’aime ta méchanceté", confesse amicalement Francis (Owen Wilson) à Jack (Jason Schwartzman), tous deux frères. C’est dit en toute fin de métrage, après disputes, ressentiments, coups de ceinture dans le menton. Et reflète plutôt bien le ton des films de Wes Anderson. D’abord une certaine forme de gratuité ; assujettie à la fantaisie de l’absurde, sans capitaine à la barre, l’humour est d’autant plus cruel qu’il semble ne jamais vouloir se justifier. Le film s’ouvre sur une longue séquence où un homme (Bill Murray) s’épuise et redouble d’efforts pour attraper un train qu’il n’aura finalement pas.

Quel autre intérêt que de le voir dépité sur le quai avec ses encombrantes valises, la mine défaite ? Dramatiquement il n’y a rien, on ne le reverra pas. C’est tout à la fois pathétique et drôle. Foncièrement, ce n’est pas tant la déveine du personnage qui fait rire, mais comprendre que le réalisateur s’en tiendra là (ou peu s’en faut). On a envie de dire : "Tout ça pour ça ?" Au moins sait-on à quoi s’en tenir pour la suite.

À l’opposé d’un Francis Veber, donc, qui intègre son comique du malheur au cœur du développement narratif et du propos de son film, Wes Anderson laisse à la dérive ses paumés. En fait, c’est l’ensemble même de la narration qui esquive toute logique dramatique. Mais, reconnaissons-le, le prétexte du voyage initiatique en Inde avec son accompagnement mystico-chimique annonce déjà poliment la couleur.

L’autre singularité du cinéma andersonien est le sérieux avec lequel cette parade du non-sens est mise en scène. Aussi aberrant que soit le comportement des personnages, à aucun moment le réalisateur ne cherche à en montrer du doigt le ridicule ; une gravité reste toujours présente. On rit mais on ne plaisante pas. Le fameux dynamisme de la comédie, son indispensable sens du rythme dont la maîtrise serait la mesure du talent, n’a pas de place ici. C’est tout l’inverse : rigidité, fixité, sérieux. Finalement, cette galerie de personnages à qui il arrive tout et n’importe quoi sans que cela ne mène nulle part gagne une dimension tragique – en dépit du rire dont ils font l’objet –, celle de l’absurdité de la vie, à laquelle la comédie, quand elle cherche à être édifiante, ne parvient jamais.

Titre original : The Darjeeling Limited Réalisation : Wes Anderson Scénario : Wes Anderson, Roman Coppola, Jason Schwartzman Photographie : Robert D. Yeoman Interprétation : Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman Pays : Etats Unis Genre : comédie Durée : 1h47 Année de production : 2007 Date de sortie en France : 19 mars 2008 Distribution : Fox Searchlight pictures Images © Twentieth Century Fox France