Il y a d’autant plus de quoi s’en étonner que le film est mis en scène par Neil Jordan, dont les penchants n’ont jamais été en faveur du cinéma d’action. Alors, bien sûr, celui-là est fait d’un autre bois : culpabilité du personnage principal, remise en cause de ses actes et absence de complaisance dans sa vengeance sont autant d’éléments qui éloignent ce film de ses prédécesseurs. Il n’empêche, on assiste bel et bien à un authentique vigilante.

Le cinéma d’action, dont l’épitaphe pourrait être le "I’ll be back" de Terminator, trouve dans le vigilante movie une forme quasi paroxystique, le genre ne reposant que sur ce credo revanchard : l’éternel retour de l’homme en colère. Ici, en aucune manière on ne vient s’encombrer de prétexte dramatique sophistiqué justifiant le réveil du justicier ; ni terroristes, ni trafiquants de drogues internationaux, ni organisme secret œuvrant à la perte du monde, rien de tout ça, la blessure est frontale, la contre-attaque franche et elle est faite au nom de la vengeance personnelle. Parce que, de James Bond à Paul Kersey dans Death Wish ou Erica Bain, ici, il est à peu près question de la même chose : faire une transposition dramatique de son désir de revanche. Qu’on se projette justicier au service de la loi ou justicier au service de soi, le moteur créatif n’en est pas moins le même : mettre une raclée à ceux qui ont blessé notre orgueil ; seule l’importance donnée à l’outrage varie. Ainsi le vigilante hero traîne ses guêtres dans les bas-fonds urbains et humains, l’amertume au ventre, condamné à ne jamais trouver l’apaisement – ultime point qui rend, plus que le reste, le genre désespérément sordide.

À Vif joue la partition classique et pourtant ne possède pas la force des vieux films, plus complaisants dans leur parano misanthrope mais, du coup, plus forts aussi. On n’en tiendra pas rigueur à Neil Jordan qui tente, plus subtilement, de recentrer son sujet sur la relation ambiguë entre le personnage de Jodie Foster et celui du flic. Alter ego troubles qui partagent les mêmes démons, chacun ayant chez l’autre sa part invisible. Il aurait néanmoins fallu renforcer davantage leur lien afin de sauver le final, qui, tel quel, n’est pas crédible.
*Films d’action généralement très violents sur les mérites de se faire justice soi-même, et souvent de manière expéditive, agrémentés d’une morale tendancieuse.
Titre original : The Brave One Réalisation : Neil Jordan Scénario : Cynthia Mort, Bruce A. Taylor, Roderick Taylor Musique : Dario Marianelli Interprétation : Jodie Foster, Terence Howard Pays : Etats Unis Genre : thriller Durée : 2h02 Année de production : 2007 Date de sortie en France : 26 septembre 2007 Distribution : Warner Bros. France Images © Warner Bros France