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par Alexandre Lassalle, mardi 23 décembre 2008
Australia


Le réalisateur de Moulin Rouge sort de son cabaret pour offrir à son pays un mythe originel inspiré d’Autant en emporte le vent. Mais "La naissance d’une nation" version pop supporte mal le choc avec le réel.

Un homme embrasse - avec fougue, forcément - une femme. Ils sont dans un studio de cinéma. Mais aux yeux du spectateur, ils apparaîtront dans un paysage aussi grand et intense que leur propre désir. Qu’importe l’effet "détourage", clament les cÅ“urs tendres dont fait vraisemblablement partie Baz Luhrmann, le réalisateur d’Australia. Mais s’il fut un temps où un panneau déroulant et un ventilateur suffisaient à vous faire voyager, les choses ont bien changé en 2008 : plutôt qu’un clin d’œil à un cinéma de légende, du Magicien d’Oz à Autant en emporte le vent, Nicole Kidman et Hugh Jackman, collés sur une carte postale australienne, sont bien plus à chercher au rayon du kitch.

Bien sûr, les paysages de l’Outback, les vrais, ceux qui sentent la sueur et la poussière ne manquent pas : les amateurs ne seront pas déçus. Mais pour vraiment les apprécier, il aurait sans doute fallu laisser tomber l’hyper-stylisation qu’affectionne Luhrmann. Dans Moulin Rouge, la caméra sous extasie et les décors maquillés comme des camions faisaient de Nicole Kidman une icône pop. Ici, les mêmes effets, appliqués à une autre histoire, font basculer le film du côté du mauvais goût.

Le manque de subtilité de la réalisation est à l’image de celui de personnages sans substance, d’un scénario sans surprise et d’une idéologie de bazar : d’un côté, les cruels Japonais bombardant en 1944, la ville de Darwin, au nord du pays ; de l’autre, les (méchants) anglais qui méprisent les (gentils) aborigènes et leur refusent l’entrée au pub. Entre eux, la belle anglaise et l’aventurier-à-gros-bras-et–grand-cÅ“ur adoptant un enfant aborigène qui conserve, avec eux, le droit à sa propre culture. Tous trois unis pour la liberté et l’amour.

Pour deux heures de cinéma à grand spectacle, on serait prêt à le croire. Mais avec l’ambition affichée par Lurhmann de raconter la naissance d’une nation, cette vision de l’histoire laisse un goût amer. Notamment parce que les enfants aborigènes confiés à des familles blanches durant des décennies, ceux de la "génération volée", ont dû, au contraire de celui du film, renoncer à leur identité.

Car dans les faits, l’Australie ne s’est pas construite comme une idéale famille recomposée. Jusqu’en 1967, les aborigènes n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière. Il a encore fallu attendre plus de trente ans pour que le gouvernement présente ses excuses à ces enfants volés. Aujourd’hui, l’Australie est un pays multiculturel ouvert à tous… Sauf à ceux qui y vivent depuis des millénaires.

Australia lisse, apaise et rabote une histoire passionnante, révoltante, exaltante qui n’est pas prête de se refermer : celle de la construction d’un pays, celle de "l’esprit australien" que le film souhaitait incarner façon grande fresque historique. Avec Lurhmann, le "rêve australien" s’ouvre au "temps du rêve", caractéristique de la spiritualité aborigène. Mais il faudra peut-être songer à faire plus que fredonner Over the Rainbow, comme les personnages du film, pour panser les plaies mal cicatrisées.

Réalisation : Baz Luhrmann Scénario : Baz Luhrmann, Stuart Beattie, Ronald Harwood, Richard Flanagan sur une idée de Baz Luhrmann Photographie : Mandy Walker Musique : David Hirschfelder Interprétation : Nicole Kidman, Hugh Jackman, David Wenham Pays : Etats Unis, Australie Genre : Drame Durée : 2h 35min. Année de production : 2008 Date de sortie : 24 Décembre 2008 Distribution : Twentieth Century Fox France Images © Twentieth Century Fox France