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par Laurie Haslé, mercredi 13 février 2008
Battle for Haditha


Dans le paysage poussiéreux d’Haditha en Irak, quelques Marines reviennent d’un camp de ravitaillement de nourriture et sont arrêtés par l’explosion d’une bombe cachée sous terre au bord de la route par des insurgés. Un mort. Deux blessés graves. Une colère incontrôlable saisit la patrouille, qui tue 24 civils dans les minutes qui suivent l’accident. Le film de Nick Broomfield retrace cette journée du 19 novembre 2005, quand la folie a embrasé Haditha.

Battle for Haditha prend aux tripes. Bien plus qu’un simple film sur les horreurs de la guerre, il ne dénonce ni coupables ni victimes. Comme un spectateur omniscient, la caméra du réalisateur Nick Broomfield suit les trois camps, terroristes, soldats et civils, tous trois manipulés, ignorés, instrumentalisés. Au milieu des maisons couleur de craie et des vêtements kaki, l’on observe un monde à part où des pères de famille deviennent poseurs de bombes et des hommes à peine sortis de l’adolescence doivent devenir des robots programmés pour abattre.
"Vous êtes des machines", répète le général à la patrouille de Marines ; "Tu poses cette bombe pour l’Irak. Les civils que les Américains tuent sont des martyrs", explique le Cheik au terroriste bouleversé : Battle for Haditha ne divise pas civils, insurgés, soldats. Il les rassemble autour des mêmes sentiments humains que sont la peur, la vengeance, la vulnérabilité et la colère. Tous sont embarqués dans une logique de destruction atroce à laquelle personne ne peut échapper. D’une atmosphère bon enfant qui règne dans la caserne, le spectateur croule sous le poids de la panique dans cette rue d’Haditha où tout à dérapé. La caméra s’affole, les balles fusent. L’on retiendra ce plan des chaussures des Marines qui s’agitent sur le sol d’une maison tout juste forcée : cachée sous un lit tel un enfant apeuré, la caméra capture les éclats de grenade qui colorent les semelles des Rangers et les cliquetis des cartouches vides qui tombent sur le sol souillé.

La bande-originale n’est pas très fournie, et c’est tant mieux. Le rock lourd de Ministry ouvre le bal. Le morceau anti Georges Bush "LiesLiesLies" illustre le désert étouffant irakien, où la patrouille de Marines roule pédale au sol. Des soldats fraîchement engagés, insouciants, qui voient en l’armée un moyen de fuir leur vie, sans pour autant savoir dans quelle aventure ils s’embarquent. Ce sont ces mêmes Marines qui tueront 24 civils quelques jours plus tard, après la mort d’un d’entre eux, découpé en deux sous leurs yeux par une bombe déclenchée à distance. Les terroristes ? Un père de famille dévoué et un jeune garçon, payés 1000 dollars pour cacher et faire exploser la bombe près d’un véhicule américain. Les civils ? Une famille de douze personnes et quelques passants qui ont eu la malchance d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Tous réunis dans le même enfer du 19 novembre 2005.

Nick Broomfield réalise un chef d’Å“uvre. En choisissant le format documentaire-fiction, il fuit les mélo qui rongent si souvent les films de guerre, mais broie les cÅ“urs de tristesse par l’authenticité des acteurs et du scénario. Le fait d’avoir engagé d’anciens Marines et des exilés irakiens pour jouer leur propre rôle souligne le souci de "crédibilité" du réalisateur, originellement documentariste.
L’aspect médiatique n’est pas non plus négligé : entre les insurgés qui filment l’explosion de la bombe et les massacres qui s’en suivent afin d’encarter de nouveaux membres anti-américains et les autorités militaires sur place qui tentent d’étouffer l’affaire par de faux communiqués de presse, le spectateur finit par ne jeter la pierre à personne. Ni à des terroristes à la détresse humaine manipulée, ni à des soldats réduits au rang de pions humains.

Réalisation : Nick Broomfield Scénario : Nick Broomfield, Marc Hoeferlin, Anna Telford Image : Mark Wolf Musique : Nick Laird-Clowes Interprétation : Elliot Ruiz, Yasmine Hanani, Andrew McLaren Pays : Grande-Bretagne Genre : Drame Date de sortie française : 30 janvier 2008 Année de production : 2007 Distribution : Surreal Distribution Images © Surreal Distribution