Bouzkachi est avant tout une histoire d’amour compliquée : Mouhabat, jeune tisseuse originaire de Boukhara, doit choisir entre deux prétendants, Ali et Oulougbey. Indécise, elle décide qu’elle épousera le gagnant du tournoi de Bouzkachi. Une compétition traditionnelle étonnante, pendant laquelle deux équipes de cavaliers s’affrontent pour prendre possession d’une chèvre sacrifiée. Celui qui s’en saisit, qui réussit à s’échapper de la mêlée et à exécuter un tour autour de ses adversaires remporte la partie. Pendant les trois jours du tournoi, Ali et Oulougbey vont donc jouter pour gagner l’amour de Mouhabat.

Jacques Debs place son Å“uvre entre la fiction et le documentaire. La manière de filmer n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’émission Rendez-vous en terre inconnue : les caméras effectuent des travellings fluides dans un décor naturel sublime, mêlant montagnes escarpées et steppes désertiques du territoire afghan. Les nombreux plans larges mettent en valeur l’immensité des paysages, traduisent un sentiment de grandeur et placent l’homme au milieu de la nature qui l’entoure. Le cavalier fait juste partie d’un tout : les contre-plongées l’installent dans l’immensité du ciel azur, et les plongées, au milieu de la plaine infinie et poussiéreuse. Bouzkachi véhicule une idée de communion entre l’être humain, la nature et le cheval. Le film est l’illustration d’un peuple qui respecte sa monture : les cavaliers éprouvent un amour inouï pour leur compagnon à crinière, qu’ils soignent, étreignent, embrassent sans retenue.

Le réalisateur aurait pu se contenter de l’aspect documentaire pur, qui constitue l’essence de Bouzkachi . La caméra saisit des regards, des gestes, des paroles, des scènes atypiques comme celle du dresseur d’ours sur le chemin de Boukhara ou les danses avant le bouzkachi. Le peu de mise en scène n’était pas nécessaire, car les témoignages des deux hommes sur l’amour qu’ils portent à Mouhabat suffisent à nourrir le côté "conte" du scénario. Les interventions du conteur Ali Choriev n’apportent pas grand-chose au récit. Le personnage arrive souvent comme un cheveu sur la soupe, juste après une scène de bouzkachi ou même pendant, ce qui n’a pour seul effet que de faire s’essouffler l’action ou de lui faire perdre en crédibilité. Au-delà du fait que certaines scènes s’enchaînent mal, le spectateur sera peut-être dérangé par la fin de l’Å“uvre : soit il l’appréciera à sa juste valeur de conclusion d’un conte, soit il regrettera une fin plus "documentaire". Car là est finalement le problème de Bouzkachi : entre fiction et réalité, on s’y perd un peu.

Réalisation : Jacques Debs Scénario : Jacques Debs Photographie : Rifkat Ibragimov Musique : Burhan Ocal, Volkan Gumuslu, Sverrir Gudjonsson, Maureen Mazurek Interprétation : Stasys Eidrigevicius, Ali Choriev, Dilbar Gunayeva, Gulam Khairallah, Avaz Moubinov Pays : France Durée : 1h30 Genre : Documentaire, drame Date de sortie : 25 février 2009 Année de production : 2008 Distribution : Bodega Films Images © Bodega Films