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par Pierre Fonsagrive, samedi 10 janvier 2009
Choron dernière
Vie et Mort du Professeur Choron et de Charlie Hebdo


Plongée au cÅ“ur de l’histoire tumultueuse d’Hara Kiri et de Charlie Hebdo, P. Carles et E. Martin font revivre l’histoire de ces deux titres afin de mieux décerner leurs médailles : il y a ceux qui méritent et ceux qui déméritent. Ces derniers ont tenté une action en justice contre l’usage abusif de leurs noms sur l’affiche. Ils ont perdu.

Pierre Carles n’est pas là pour être équivoque, le sous-titre de son dernier documentaire annonce clairement la couleur, son but est de réhabiliter le professeur Choron dans ses habits d’honneur : Charlie c’est lui, n’en déplaise à Philippe Val, l’ennemi avéré de l’histoire, petit homme devant la gouaille professorale, col blanc mondain et tutti quanti. C’est peut-être le principal mérite de Carles – avec Eric Martin dans le cas présent – que de s’attaquer à des personnalités peu évidentes comme Schneidermann ou Val, dont l’intégrité n’est jamais contestée, plutôt qu’aux abonnés de la remontrance journalistique. On ne lui reprochera pas de hurler avec les loups.

Le coup de grâce lui est porté avec cette captation vidéo sauvage de BHL au festival de Cannes où ce dernier dit être présent pour soutenir "son ami Philippe Val". L’infamie du chroniqueur du Point n’est pas à démontrer, elle est tout acquise pour le cinéaste, et il n’en faut pas plus que ce seul lien tissé par l’oralité pour contaminer tout entièrement l’actuel directeur de rédaction de Charlie Hebdo. Néanmoins le message est clair : cette affinité ignominieuse avec le représentant d’un journal de droite n’aurait pas été imaginable du temps de Choron. C’est sans doute vrai.

L’anecdote a lieu, de plus, alors que l’équipe de Charlie Hebdo vient présenter le film C’est dur d’être aimé par des cons, c’est-à-dire au moment où Val brille le plus par l’indépendance de son journal et sa liberté de ton. Ironie du sort qui ne dupe pas les deux réalisateurs, Val ne foulerait sûrement pas les marches du Palais des Festivals si cette liberté de ton, contrairement à celle de Choron, n’avait pas, somme toute, quelque chose d’un peu consensuel.

Bien sûr le film est partial, il ne rétablit pas tant la vérité qu’il ne prend parti, mais ce, au profit d’un personnage honni et au déficit d’un larron trop bon, on ne peut qu’approuver.

Au-delà cependant du débat sur l’éthique rachetée du journal, c’est avant toute chose le portrait d’un individu. Outrancier, ivrogne, arrogant, complaisamment indigne et à la fois curieusement aristocrate, le professeur Choron, l’homme s’entend, est l’objet premier du film. Il ne s’agit pas tant de ses intuitions ou de ses idées que de son tempérament bien sûr. Ce qui compte, c’est la manière, ou plus justement peut-être le manque de manière. Nul n’est trop respectable pour être épargné ; la décence est toujours indécence.

De ce point de vue ses interventions valent surtout pour leur anarchie joyeuse plutôt que pour ce qui cherche à être exprimé. Verbe houleux, colères soudaines, emportements injustifiés, plus il est excessif, meilleur il est. Justice lui est rendue, quant à dire si Philippe Val n’a que des démérites, c’est une autre question.

Réalisation : Pierre Carles et Eric Martin Participation de : George Bernier, François Cavanna, Philippe Val Pays : France Genre : documentaire Durée : 1h38 Année de production : 2008 Date de sortie : 07 janvier 09 Distribution : Tadrart Films Images © Tadrart Films

Pour aller plus loin :

Fiche du professeur Choron sur Wikipedia

Site sur le journal Hara Kiri et sur Choron

Une émission de Là-bas si j’y suis entièrement consacrée à BHL

Le site d’information sur Bernard Henri Lévy

Le site officiel de Charlie Hebdo