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par Alexandre Lassalle, jeudi 29 novembre 2007
Dans la Vallée d’Elah


C’est au cÅ“ur de la vallée d’Elah que l’immense Goliath défiait les guerriers d’Israël. Et aucun de ces forts à bras n’osait l’affronter… jusqu’à ce que se porte volontaire, contre toute attente, le jeune David, berger de son état. En tuant le géant d’un coup de fronde, c’est avant tout sa propre peur que le frêle berger a terrassée. Dans le film de Paul Haggis, la vallée d’Elah pourrait être la zone de conflit, David les jeunes recrues américaines et Goliath… Goliath, ce serait l’Amérique qui dévore ses propres enfants ?

Vétéran du Vietnam, Tommy Lee Jones est réveillé en pleine nuit par un appel téléphonique : son fils, appelé en Irak en permission, a disparu. Ni une ni deux, Tommy Lee, ex-policier militaire, prend la route et part à la recherche de son dernier rejeton. Flanqué d’une apprentie flic harcelée par ses collègues sexistes (est-ce que Charlize Theron ne jouait pas déjà ce rôle dans ses précédents films ?), il marche dans les pas du disparu et écume les bars glauques et les clubs de strip-tease qui bordent la base militaire. Mais avant de pouvoir résoudre l’enquête, il doit comprendre que celui qu’il recherche n’est jamais revenu du Vietnam. Celui qui a disparu est un autre : drogué, alcoolique, violent… En Irak, l’enfant prodigue est devenu Doc : un sadique qui plonge sa main dans les plaies sanglantes des blessés irakiens, juste pour rire.

S’inspirant d’un fait divers, Paul Haggis aborde le grand chaos de la guerre en Irak par la petite porte. Et, pour plus de difficulté encore, met en scène un héros opposé à la guerre pour des raisons différentes des siennes. En s’attachant au point de vue de celui qui croit aux valeurs de l’Amérique, Dans La Vallée d’Elah, tout en reprenant les règles du film de guerre post-Vietnam, nous entraîne sur un terrain miné : celui de l’éternel recommencement où chaque guerre semble la première la plus effroyable, la plus meurtrière. Les GI envoyés en Irak rentrent le cerveau flingué, c’est un fait : ici, ils assassinent leur femme sans raison ou s’entretuent à coups de couteau pour une simple dispute.

Mais c’est en présentant les GI comme des victimes que l’édifice se fissure bien au-delà du trouble du héros face à ses propres valeurs, jamais remises en question, que le film nous propose. D’une part, parce que les premières victimes du conflit sont bien les populations civiles irakiennes (toujours laissées dans un flou aussi artistique que dépersonnalisant), mais aussi parce que, à la différence de la figure biblique à laquelle se réfère Haggis, les soldats qui défilent dans la salle d’interrogatoire de la police militaire n’ont jamais usé de leur libre arbitre. Si ces héros sont bien devenus des monstres, à quel moment ont-ils basculé ? Lors d’un accident tragique sur une route irakienne comme Dans la Vallée d’Elah ou bien au moment même où ils se sont engagés à répandre la démocratie dans un monde dont ils se sentent les princes ?

Passionnante enquête policière portée par le jeu tout en tension de Tommy Lee Jones, le film d’Haggis s’est malheureusement arrêté juste avant de se plonger à corps perdu dans la vraie question soulevée par son scénario.

Titre original : In the Valley of Elah Réalisation : Paul Haggis Scénario : Paul Haggis d’après l’oeuvre de Mark Boal Photographie : Roger Deakins Musique : Mark Isham Interprétation : Tommy Lee Jones, Charlize Theron, Susan Sarandon Pays : Etats Unis Genre : Thriller, Guerre Durée : 2h Date de sortie : 07 Novembre 2007 Année de production : 2007 Distribution : Warner Bros. France Images © Warner Bros. France