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par Alexandre Lassalle, lundi 17 décembre 2007
De l’autre côté


Deuxième volet d’une trilogie, De l’autre côté, prix du scénario et prix du jury Å“cuménique à Cannes, emmène ses personnages dans un au-delà aux allures de désert : celui du deuil… Et il suffit de voir Susanne (Hanna Schygulla), seule à Istanbul dans sa chambre d’hôtel, pour percevoir l’étendue de la traversée qui attend ceux qui restent. Nejat, le professeur de littérature allemande, deviendra libraire à Istanbul.

Ayten, la militante politique emprisonnée, renoncera à ses idéaux et cherchera le pardon. Susanne, la mère allemande, retrouvera Istanbul qu’elle avait traversé en stop il y a 30 ans et sauvera l’amante de sa fille. Divisé en 3 parties (La mort de Yeter, La mort de Lotte, De l’autre côté), la mort est le motif central du film. Non pas en tant que fin, rien de lacrymal dans ces disparitions, mais en tant que déclencheur d’un passage vers une autre rive à la manière d’une tragédie où les morts qui s’entassent sont les éléments d’une résolution.

Après s’être attaché à l’amour avec le sublime Head On et avant de parler du mal dans la dernière partie de sa trilogie en cours de préparation, Fatih Akin choisit de parler de la mort. Peut-être parce que la musique s’y fait plus discrète que dans ses précédents films, De l’autre côté n’a pas la même puissance dramatique qu’un Head On. Mais si Head On était réalisé comme un morceau de rock garage joué avec l’urgence d’une passion trop grande pour ceux qu’elle habite, De l’autre côté joue la partition bien plus douce mais tout aussi bouleversante d’une chanson populaire turque. Fatih Akin, qui déclare imaginer certaines de ses scènes à partir de morceaux de musique, avait d’ailleurs réalisé en 2005 un documentaire sur la scène musicale istanbuliote : avec Crossing the bridge – the sound of Istanbul (tiens, une autre histoire de traversée), il poursuivait d’une rive à l’autre du Bosphore l’identité d’une ville aussi cosmopolite que la capitale turque.

Le cinéma de Fatih Akin est traversé d’une réflexion sur l’identité et De l’autre côté poursuit ce questionnement. Allemand d’origine turque, la biographie de Fatih Akin n’est bien sûr pas étrangère à cette thématique. Et, comme dans Head On, la tension politique est palpable dans De l’autre côté : à travers les manifestations qui traversent Hambourg et Istanbul, à travers l’engagement de ses personnages ou encore à travers la dénonciation de l’oppression des femmes dans la société turque. Mais, au-delà des nationalismes ou de la cohabitation soi-disant problématique de deux espaces culturels, les ponts qui comptent le plus ici sont ceux qui permettent à deux êtres de se rejoindre et d’en être transformé. Comme pour les amants de Head On, rien ne sera plus jamais pareil pour ceux qui, comme Lotte et Ayten, auront su se tendre la main.

Titre original : Auf der anderen Seite Réalisation : Fatih Akin Scénario : Fatih Akin Photographie : Rainer Klausmann Interprétation : Baki Davrak, Tuncel Kurtiz, Patrycia Ziolkowska Pays : Allemagne, Turquie Genre : Comédie dramatique Durée : 2h 2min Année de production : 2007 Date de sortie en France : 14 Novembre 2007 Distribution : Pyramide Distribution Images © Pyramide Distribution