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par Damien Moreno, dimanche 6 avril 2008
Doomsday


On a beaucoup parlé ces derniers temps de la bonne santé du cinéma de genre espagnol. Doomsday est l’occasion de préciser qu’il existe un autre eldorado européen du genre : le Royaume-Unis. Et Neil Marshall, à l’instar d’un Christopher Smith (Creep, Severance) ou d’un Billy O’Brien (Isolation), en est un éminent représentant. Trois ans se sont écoulés depuis la claque The Descent et quiconque s’intéresse au cinéma d’horreur attendait de pied ferme ce Doomsday. Le résultat, quoique surprenant, n’en est pas moins à la hauteur de l’attente.

Neil Marshall est résolument un réalisateur culotté. Après un Dog Soldiers, film de loups-garous décalé où des militaires armés de fusils chargés à blanc deviennent les proies d’une meute de loups-garous à la démarche chaloupée ; après avoir signé l’un des nouveaux chefs-d’œuvre du film d’horreur avec The Descent, voilà que le bonhomme continue son brillant parcours. Cette fois, sur les terres de l’actionner* à tendance "post-apocalyptiquo-médiévale" (une première !). Doomsday prend complètement le contre-pied de la démarche initiée par Marshall dans The Descent. Mis à part pour l’introduction, ici point de solennité ni de sérieux. Deux carcans bien trop étroits pour contenir l’énergie et la fougue d’un script aussi paradoxal qu’il est original.

Doomsday raconte la mission d’un commando d’élite envoyé à Glasgow trente ans après que la région ait été décimée par une épidémie, pour tenter de trouver un antidote au méchant virus qui vient de réapparaître à Londres. Glasgow, laissée pour morte, est mise en quarantaine par une gigantesque muraille et quiconque tente de franchir celle-ci est abattu. Une ville coupée du monde dans laquelle les quelques survivants se sont regroupés en deux clans distincts se livrant une guerre. Vue comme ça, l’histoire ne brille pas vraiment par son originalité, pourtant avec Doomsday Marshall écrit un film hautement singulier. Les deux clans sont l’occasion pour Marshall de nous faire voyager à travers les âges. On passe alors d’un univers punk post-apocalyptique à un univers médiéval. Les dragsters surgonflés font place à des chevaliers en armure, les batailles rangées aux fusils-mitrailleurs succèdent aux tirs à l’arc et autres duels de gladiateurs.

Autant dire que Doomsday fourmille d’idées et part dans tout les sens avec maîtrise. Jamais en roue libre, totalement maître de son art, Neil Marshall cite quelques-uns des fleurons du cinéma de genre des années 80. New York 1997, Mad Max, Excalibur ou encore The Brother from Another Planet. D’une générosité sans bornes, Marshall nous offre des scènes d’action radicales qui n’hésitent pas à verser dans le gore (les têtes tombent, explosent) ; une bataille homérique entre une Rhona Mitra aussi sauvage que sexy et un guerrier tout droit sorti de Pathfinder (dont le final, d’ailleurs, cite habilement The Descent) ; des poursuites en voiture faisant passer celle de Boulevard de la mort pour un gentil documentaire sur la sécurité routière. Le tout filmé avec ironie et humour, une distance nécessaire car, mine de rien (et cela n’est pas étonnant), sous couvert d’un actionner* bourrin, Doomsday questionne rien d’autre que la nature autodestructrice de l’humanité. "Epoques différentes, mais même bordel…" (sic). Vivement le prochain Marshall !

*Film d’action

Réalisation : Neil Marshall Scénario : Neil Marshall Photographie : Sam McCurdy Musique : Tyler Bates Interprétation : Rhona Mitra, Bob Hoskins, Adrian Lester Pays : Angleterre Genre : Epouvante-horreur Date de sortie en France : 02 Avril 2008 Durée : 1h 45min Année de production : 2008 Interdit aux moins de 12 ans Distribution : SND Images © SND