
Le cinéma muet se prête parfaitement aux aventures effrayantes et monstrueuses des suceurs de sang. Si les écrans français se délectent des aventures feuilletonesques de Louis Feuillade (Les Vampires – 1915/1916), le premier vampire à l’écran serait américain (Vampyr of The Coast – 1909). Les premiers films s’éloignent du livre en ne gardant que l’étrangeté et le fantastique de cette histoire.
Le premier chef-d’œuvre arrive en 1922. Friedrich W. Murnau est fasciné par cette histoire et décide d’en faire un film. Malheureusement il n’obtient pas les droits d’adaptation du roman. Qu’à cela ne tienne, il créera son propre personnage, Nosferatu (1922), et cela lui procurera plus de liberté artistique et d’inventivité que l’on retrouvera, par la suite, associée au mythe du vampire (ongles crochus, porteur de peste, crainte du soleil…). C’est l’étrange, squelettique et longiligne Max Schreck qui interprète ce monstre de la nuit. Dix ans plus tard, Carl Theodor Dreyer réalise le deuxième chef-d’œuvre consacré au vampirisme (Vampyr -1932). L’incarnation, les liens avec le sang et la femme vampire sont quelques-uns des éléments ajoutés au mythe par le film.
Le premier vampire parlant au cinéma fut interprété par Bela Lugosi dans le Dracula de Tod Browning (1931). Le succès de ce personnage maléfique fut immédiat. S’ensuivit toute une série de films axés autour des vampires et de Dracula. Des déclinaisons familiales (La Fille de Dracula-1936, Le Fils de Dracula-1942, Les Maîtresses de Dracula -1960, Les Enfants de Dracula-1974) aux croisements des mythes (Dracula contre Frankenstein-1970, Santo contre les trésors de Dracula-1968, Le Loup Garou contre Dracula, Hercule contre les vampires-1961, Superman contre les femmes vampires-1962…) pour tomber dans les parodies (Deux nigauds contre Frankenstein-1948, Le Bal des vampires de Roman Polanski-1967, Dracula père et fils-1976… il y a même eu Les Charlots contre Dracula en 1980).

Si le vampire est devenu, dans l’imagination collective, un(e) mort(e) vivant(e) qui sort la nuit de son tombeau pour aller sucer le sang de ses victimes, il a su prendre, au fil des années, toutes sortes de formes. De The Thing (John Carpenter-1982), la chose qui se nourrit du sang des chiens et des humains à Alien (Ridley Scott-1979) le parasite sanguinaire venu de l’espace, en passant par la symbolique de l’immortalité et du sang comme cure de jouvence, le mythe du vampire a su s’affranchir des années.
De nombreux cinéastes se sont intéressés à ces personnages. Ils ont modernisé, adapté, innové, en offrant une vision parfois plus sanguinaire ou crépusculaire, la légende fondatrice de la "vampirologie". Georges A.Romero (Martin-1977), David Cronenberg (Rage-1978), Werner Herzog (Nosferatu fantôme de la nuit-1979), Tony Scott (Les Prédateurs-1983), Francis Ford Coppola (Dracula-1992), Neil Jordan (Entretien avec un vampire-1994), John Carpenter (Vampires-1998) ont su redonner une vision personnelle du mythe. Dernièrement la série des Twilight a rajeuni l’étrange et blafard Dracula en un jeune adolescent.
Cette très courte histoire du vampire au cinéma est l’occasion de questionner le spécialiste des œuvres cultes (et ses navets aussi) du cinéma vampirique, Eric Escofier. Chaque année, cet ancien projectionniste sort un fanzine, Les Monstres de la nuit, qui propose dans sa dernière publication d’explorer le mythe du vampire au cinéma pendant la période allant de 1967 à 1974. Les périodes antérieures étaient abordées dans les deux volumes précédents.
Le vampire est un mythe qui vous fascine. Vous le trouvez actuel ?
Il me fascine bien que je préfère celui de Mary Shelley avec son Frankenstein. Mais je ne crache pas dans la soupe, il a été mon premier roman de jeunesse. Le trouver actuel ? Je pense qul’on produit trop de films sur Dracula. Le mythe est usé. On l’a mélangé à toutes les sauces et je trouve que la nouvelle génération de réalisateurs et d’acteurs n’a pas l’envergure de nos ancêtres. Il est difficile de faire mieux que les Studios Universal, ou Hammer...
Pour vous, quel film est le plus fidèle à l’œuvre de Stocker ?
Le film le plus fidèle à l’Å“uvre de Stoker est sans aucun doute : Les Nuits de Dracula mais il est dommage que son metteur en scène, Jesus Franco, ait fait de l’Å“uvre une nullité tant dans la réalisation que la photo ou la musique. Quant à Christopher Lee, il y est excellent. On se demande ce qu’il est venu faire dans cette galère...
Bela Lugosi ou Christopher Lee correspondent-ils au Dracula de votre imaginaire ?<
Bela Lugosi excelle dans Le Retour du vampire de Laew Landers et Deux nigauds contre Frankenstein où, dans la peau du comte Dracula, il est supérieur à sa prestation dans le film de Browning en 1931. Pour ma part, je suis plutôt pour Christopher Lee qui a bercé mon adolescence avec Peter Cushing. Il est vrai que dans les films de la Hammer, il est le vampire se rapprochant le plus du personnage de Stoker. Lugosi était trop théâtral. Je ne le trouvais pas crédible... Mais hormis ces deux acteurs reconnus, on oublie toujours de citer deux autres comédiens qui ont marqué le cinéma fantastique : Walter Brandit pour l’Italie avec : La Maîtresse du vampire et Des filles pour un vampire, et bien sûr le grand German Robles pour le Mexique avec Les Proies du vampire....
La partie 4 de votre formidable dossier sur les vampires est prévue pour 2010 ?
Il n’y aura pas de quatrième volet sur les Vampires au cinéma. Trois, c’est déjà trop et j’ai peur de lasser les gens. D’autre part, je me suis arrêté avec Les Sept Vampires d’or. Après, je n’ai plus visionné aucun film de vampires. Donc le n°12 sera consacré à la Saga du feuilleton Au-delà du réel, un dossier sur les descendants de Frankenstein et une interview de Don Glut.
En même temps, je prépare avec mon ami Bertrand (Euro Bis, fanzine sur le cinéma bis européen) un énorme ouvrage qui sortira en presse sur Peter Cushing, sa vie et ses films.
En partenariat avec Revues-de-cinema.net
Bibliographie :
Les Vampires, Tony Faivre – Le terrain vague – 1962
Les Vampires au cinéma, David Pirie – Oyez (Bruxelles) - 1977
Les monstres de la nuit – Dossier les vampires, Eric Escofier-fanzine -2007/2009
Un très bon article intitulé The Dracula Legacy chez DVDClassik
La fiche sur le mythe de Dracula sur Wikipédia
La fiche de Peter Cushing sur Wikipédia
Sortira le 3 févier chez Wil Side Vidéo : Lesbian Vampire Killers de Phil Claydon