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par Jérôme Vallet Carrière, mardi 12 juin 2007
Entretien avec Yan Tomaszewski


L’exposition événement des Transphotographiques de Lille est de retour pour sa sixième édition, on pourra y découvrir plus de soixante-dix expositions et de nombreuses rencontres. Le thème de cette année s’ouvre à la question décidément très à la mode du rapport entre la photo et le cinéma.

A cette occasion, le jeune artiste contemporain Yan Tomaszewski présente son exposition photo intitulée Quiproquo où il s’interroge sur les différences apparentes entre la représentation du réel dans le cinéma, la photo et le spectacle populaire (cirque, carnaval). Ses photos de salles de cinéma très typées (gros fauteuils rouges, lustres d’antan) montrent à la fois l’artificialité et la part d’illusion dans la salle de cinéma où l’on en oublie l’origine de l’image (la cabine de projection y est invisible). Il compare cela avec le spectacle de cirque où l’artifice est mis en avant ainsi que la participation du spectateur mais procède pourtant du même rapport illusoire avec la réalité. Entretien.

Cinemapolis : Est-ce que vous pourriez envisager de travailler avec un autre médium que la photo, tel que le cinéma, si le sujet s’y prête ?<br /> Yan Tomaszewski : Bien sûr, je ne suis pas que photographe, il se trouve que j’ai utilisé la photo jusqu’à maintenant, parce que c’est le médium qui correspondait le plus à mes projets, mais je ne compte pas m’y limiter. Je ne pense pas faire un jour du cinéma au sens propre du terme, je ne pense pas pouvoir être à l’aise avec l’impératif narratif du cinéma (même si je suis cinéphile et que j’adore le regarder en tant que spectateur).
Par contre, l’image au sens large du terme m’intéresse beaucoup, et cela concerne bien sûr toute l’imagerie qui a pour origine le cinéma, qui en est extraite, qui s’y réfère, etc. Le cinéma est un langage aujourd’hui omniprésent et inévitable tant il a influencé notre imaginaire visuel. Si je ne compte pas être réalisateur, je n’en suis pas moins profondément façonné, comme nous tous, par le cinéma. Pour ce qui est de mon utilisation de l’image animée, je travaille actuellement sur un projet vidéo.

"Il y a toujours une autre image qui se cache derrière l’image"

Dans Quiproquo, vous jouez avec le rapport entre la réalité et l’imaginaire, en quoi cela est il important pour vous ?
Je m’intéresse à la manière dont l’image s’est éloignée de la réalité jusqu’à s’en couper totalement. Baudrillard parle de néoréalité et d’hyperréalité pour décrire le statut actuel des images : coupées de leur fonction référentielle, elles deviennent des purs signifiants (sans signifié). Chaque image est un pur artifice et n’existe jamais par elle-même, elle renvoie à un code, il y a toujours une autre image qui se cache derrière l’image, et non un prétendu réel qui se trouve déjà loin. Du coup, on peut dire que l’imaginaire n’est plus imaginaire, mais est tout simplement devenu notre nouvelle réalité.
Je me suis donc intéressé au monde des clowns et du carnaval pour parler de ce statut de l’image, dans la mesure où ce sont des représentations très codifiées, artificielles, et qui ne prétendent pas entretenir de rapports avec le vraisemblable ou le réel. Dans le cirque, on est au-delà du réel.

"La photo d’une des salles a été prise au Parc Astérix, un lieu plutôt toc"

Les salles de cinéma dans votre exposition sont majestueuses, voulez-vous y montrer le charme de ces salles et l’importance qu’est le lieu de réception ? Dans la même logique que pour le choix des clowns, j’ai cherché des salles correspondant à un cliché de la salle de spectacle, quelque chose de typique et de stéréotypé, reflétant bien l’idée du “spectateur”. Donc, bien sûr, les sièges devaient être rouges, couleur du spectacle par excellence. Pour ce qui est de la majesté des salles, je me plais à dire que la photo d’une des salles a été prise au Parc Astérix, un lieu plutôt toc que majestueux…

Photographies © Yan Tomaszewski