Jeune réalisateur américain, Eli Roth a prouvé en l’espace de trois longs métrages qu’il était une figure importante du cinéma de genre outre-Atlantique. Et si ses films sont parfois inégaux, ils temoignent d’un cinéma fabriqué avec amour et sincérité.
Cabin Fever, son premier long métrage, s’il n’est pas le chef-d’œuvre qu’on veut nous faire croire, transpire l’attachement de son réalisateur au cinéma d’horreur, ce qui en fait un film qui ressort clairement du lot de la production du genre.

Avec Hostel, Roth sort l’artillerie lourde. Un sujet scabreux à souhait, la traite d’humains livrés aux déviances et tortures de leurs pairs. Une campagne marketing énorme et, cerise sur le gâteau, Quentin Tarantino à la production. Chic, très chic…
Mais le fait est que Hostel premier du nom fut loin de tenir ses promesses du film le plus insoutenable de l’histoire du film insoutenable. La faute à un traitement quelque peu "bordélique" avec des ruptures de ton où se diluait la tension de l’intrigue (de l’ouverture très réussie, on passe à un prologue façon teen movie avant de replonger dans la crasse pour finir en vendetta). Au final Hostel, malgré ses bonnes idées et sa réalisation soignée, avait plutôt déçu. Qu’en serait-il pour Hostel chapitre II ?
Dès le départ, le film s’inscrit directement dans la continuité de son prédécesseur. Paxton, seul rescapé des backrooms slovaques du premier opus, tente d’apaiser son traumatisme dans les bras de sa belle. Cette dernière s’avère ne pas être le remède idéal pour lui vider la tête…
Par cette ouverture, Roth met un point final à l’épisode originel et lance enfin son deuxième chapitre, pendant féminin du premier. La recette est la même, trois étudiantes américaines sillonnent l’Europe. Leur projet initial : quitter Rome pour rejoindre Prague. Sauf qu’un voyage n’est pas réussi si l’imprévu n’y a pas sa place. Ici, l’imprévu se prénomme Axelle, joli modèle européen, qui leur proposera le plus gentiment du monde de venir se ressourcer en terre slovaque. Ni une ni deux, bye bye Prague, hello Bratislava. Comme dans le premier opus, tout se passe bien dans le meilleur des mondes, jusqu’à la disparition de Lorna (l’ingénue du groupe). La suite, on la devine.

Alors, effectivement, vu comme ça, Hostel chapitre II ne semble pas briller par son originalité, mais les apparences sont trompeuses. S’il reprend le même schéma que l’original, Roth ne livre pas un copié-collé de Hostel. Sa sequel ("suite") évacue les lourdeurs du premier et se consacre à l’essentiel, faire monter la pression et la maintenir. Rythmé, bien énervé et souvent très tendu, Hostel chapitre II est un film d’horreur brutal, charnel et viscéral qui ne manque pas de détachement, marque de fabrique du style Roth. Outre les scènes de tortures bénéficiant d’un traitement choc et sans concession (la mise à mort de Lorna est proprement sidérante, la scène avec les enfants dans les bois d’une brutalité froide), Eli Roth fait preuve, comme dans tous ses films, d’une certaine désinvolture : le sexe, la drogue, la fête et l’humour côtoient aisément la brutalité et l’animalité de l’homme. Mais ici ce mélange est beaucoup moins contrasté que dans Hostel ou Cabin Fever et gagne pour le coup en tension psychologique. En alternant le point de vue des proies (les filles) et celui de leurs bourreaux, le protégé de Tarantino donne de la force et du relief à son propos (ce qui manquait cruellement dans Hostel). Au final, Hostel chapitre II surpasse largement son aîné et s’impose comme l’une des suites les plus réussies du genre.
Titre original : Hostel : Part II Réalisation et scénario : Eli Roth Musique : Nathan Barr Photographie : Milan Chadima Interprétation : Lauren German, Roger Bart, Heather Matarazzo Pays : Etats Unis Genre : Epouvante-horreur Durée : 1h 34min Année de production : 2007 Interdit aux moins de 16 ans Date de sortie en France : 11 Juillet 2007 Distribution : Sony Pictures Releasing France Images © Sony Pictures Releasing France