La guerre froide a commencé entre Soviétiques et Atlantistes et dans chacun des camps, c’est la course à la suprématie. Côté ricain, on teste des bombes atomiques et côté soviet on s’intéresse de près à une série de crânes de cristal, issus d’une civilisation oubliée qui, rassemblés, donnerait la puissance ultime : modeler et contrôler les consciences individuelles pour en faire une seule et unique conscience collective entièrement vouée à la cause de Marx. Bien entendu, la CIA, qui laisse traîner ses oreilles partout, a rapidement vent de ce que l’ennemi communiste manigance et charge Indy de mettre la main le premier sur ce mystérieux crâne de cristal.

Dès le début, le chariot part sur de bons rails (le coup de la montagne transformée en nid de marmotte), l’idée étant de recycler l’esprit si singulier des premiers épisodes. Un héros désabusé et téméraire, une dose de mysticisme, quelques images soft gore et un récit d’aventure qui nous balade à travers le globe, teinté d’humour bon enfant.
Bien rythmée et savamment dosée entre le récit d’aventure et le côté désabusé propre au style Indy, la première partie du film restaure avec fidélité l’esprit de la trilogie. De l’évasion dans le hangar jusqu’à la poursuite à moto en passant par l’épisode du frigo, le ton est le bon.
Mais dans une entreprise comme Le Royaume du crâne de cristal (produit par Georges Lucas), les enjeux ne résidaient pas seulement dans le recyclage des recettes d’antan. Il fallait du nouveau. Viennent alors les nouvelles idées, incarnées par le personnage de Shia Labeouf. C’est à partir de son apparition sur le quai de la gare que la trilogie des années 80 se termine. Le reste du long-métrage étant une sorte de gigantesque fondu-enchaîné vers une nouvelle série directement héritière des Indiana Jones.
Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal serait en fait un passage de flambeau et un ultime hommage aux premiers opus. En effet, depuis la scène du quai jusqu’à la scène ultime dans l’église, Shia Labeouf, sorte d’"alter héros" vitaminé d’un Harrison Ford sur le retour, imprime au fur et à mesure du récit son propre style (un peigne en guise de chapeau et un Liberto en guise de fouet). Illustration de l’ascendant que prend peu à peu Shia Labeouf, sur Indiana : la scène où il le sort des sables mouvant en lui tendant un serpent, phobie historique de l’aventurier. Mais cette prise de relais se fait toujours dans un profond respect pour le héros originel (charisme de l’aventurier, autorité du père et crédibilité du scientifique).
Si cet aspect où une période laisse sa place à une nouvelle suscite une certaine émotion et invoque la nostalgie, il est aussi irritant. En effet, l’esthétique des premières scènes d’action clairement estampillée Indiana Jones, disparaît au profit d’un design plus proche de celui d’un Pirates des Caraïbes (deuxième et troisième du nom). Triste témoin de ce relâchement, la scène où Shia Labeouf s’envole de liane en liane. Là où les climax des précédents épisodes étaient jouissifs, il est ici simplement poussif. L’humour désabusé cède la place à une approche "cartoonesque" (les cactus, les lianes…) qui finit par diluer le récit d’aventure.
Sans remettre en cause le dénouement, tout à fait spielbergien le film aurait gagné en insistant sur des enjeux plus propices à la notion d’aventure. La figure du méchant par exemple aurait mérité plus d’attention, de même que les divers dangers qui parcourent le film, (quid de la cohorte d’indigènes fantomatiques que l’on aperçoit que trop brièvement ?), les développements de l’intrigue sont parfois insaisissables, moins fluides que dans les trois premiers épisodes.

Sans doute victime de son époque, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal se perd en cours de route et finit par mettre définitivement la série au placard.
Titre original : Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull Réalisation : Steven Spielberg Scénario : David Koepp sur une idée de Jeff Nathanson et George Lucas, d’après les personnages créés par George Lucas et Philip Kaufman Musique : John Williams Photographie : Janusz Kaminski Interprétation : Harrison Ford, Cate Blanchett, Karen Allen Pays : Etats Unis Genre : Aventure Durée : 2h 3min Année de production : 2008 Film pour enfants à partir de 10 ans Ce film fait partie de la Saga Indiana Jones Date de sortie en France : 21 Mai 2008 Distribution : Paramount Pictures France Images © Paramount Pictures France