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par Pierre Vaccaro, mercredi 19 mars 2008
Interview de Vincent Mercier, directeur du 6e Festival international des droits de l’Homme


Afin de comprendre les enjeux du 6ème Festival des droits de l’homme (Du 25 mars au 1er avril 2008 - Paris), Cinemapolis a rencontré Vincent Mercier son directeur. Les réponses sont passionnantes d’autant plus que la notion de droits de l’homme est à l’heure actuelle remise en cause dans de nombreux pays dont la France.

Le FIDFH est devenu aujourd’hui un rendez-vous essentiel dans la prise en compte du cinéma comme média au service des droits de l’Homme. Il occupe un "créneau original" dans les manifestations cinématographiques. Parlez-nous de ses origines et du chemin parcouru depuis sa création en 2003…
L’association Alliance s’est donné pour mission de favoriser l’utilisation de l’audiovisuel et la diffusion des Å“uvres au service des droits humains. Le FIFDH a été créé en 2003 sur cette idée. Il existait déjà à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, des festivals de ce type. Le FIFDH a trouvé sa place assez rapidement sur la scène festivalière parisienne. Au niveau international, il bénéficie de l’effet de levier du réseau de festivals de films des droits de l’Homme que j’ai fondé avec d’autres fin 2004. Le Human Rights Film Network (www.humanrightsfilmnetwork.org) réunit déjà plus de 20 manifestations spécifiquement sur ce thème dans le monde, qui réalisent entre 150 et 200 000 entrées chaque année. Depuis 2005, le FIFDH organise les Jeudis du FIFDH, chaque 2nd jeudi du mois, avec une projection d’un documentaire suivie d’une rencontre-débat avec les réalisateurs. En 2007, le FIFDH a été décliné sur le continent africain avec des premières éditions à Bangui, en République Centrafricaine, et à Lomé, au Togo, grâce notamment au soutien des fonds de l’Union européenne. Le FIFDH a été aussi décliné en régions, dans plusieurs villes de province dont Cognac, Toulouse et Dijon. D’autres villes suivront en 2008. 2008 sera aussi l’année où le FIFDH va proposer un service de vidéo à la demande (VOD) sur son site Internet (www.festival-droitsdelhomme.org) pour permettre à davantage d’Å“uvres d’être vues et à un plus grand nombre d’avoir accès à ces contenus.

Quels sont les objectifs et l’enjeu d’une telle manifestation ?
Le FIFDH a été créé dans l’objectif de mieux rendre visible la production documentaire sur cette thématique. Celle-ci est abondante et de qualité. Nous avons reçu plus de 400 candidatures cette année, dont une grande majorité de bonne qualité.

La programmation justement, comment la choisissez-vous ? Selon quels critères ? Quelle est votre stratégie en matière de sujets abordés ?
Le premier critère est la qualité cinématographe (écriture, réalisation, production...). Le second est l’originalité et la singularité des Å“uvres, en matière d’écriture ou de traitement du sujet. Nous essayons aussi de rebondir dans la mesure du possible sur l’actualité ou les rendez-vous de l’année, même si ce n’est pas notre priorité. A noter que nous invitons tous les réalisateurs à rencontrer le public après chaque projection et qu’en soirée des intervenants issus de différents horizons professionnels (responsables d’ONG, chercheurs, journalistes...) viennent également enrichir les débats.

Quels seront les grands moments du festival 2008 ?
Parmi les points forts de la programmation, on retiendra en particulier les deux coups de projecteur portés par le festival sur deux acteurs du combat pour les droits humains par l’image : Sut Jhally, fondateur et directeur de la Média Education Foundation (MEF – www.médiaed.org), l’un des think tank critiques des médias les plus influents aux Etats-Unis. La MEF s’est donné pour mission de sensibiliser le public aux risques que font peser sur la démocratie la concentration accélérée des médias au sein de quelques méga groupes privés. Nous présenterons 3 films inédits en France issus de son catalogue, Paix, propagande et Terre promise (2004), Hollywood et les Arabes (2007), War made easy : la guerre pour les Nuls (2007)
La société de production canadienne Macumba International (www.macumbainternational.com), en présence de sa fondatrice Raymonde Provencher. Macumba est un des chefs de file au Québec dans la production de documentaires. Cette société s’est bâti une solide renommée internationale en remportant de nombreux prix, tant au Canada qu’à l’étranger. Ses films ont été diffusés dans le monde entier. Nous présenterons deux films réalisés par Raymonde Provencher, War babies... nés de la guerre (2005), Le Déshonneur des Casques bleus (2007).

Cette année, pour le bonheur de tous, c’est de nouveau Charles Berling le parrain du FIFDH. En quoi consiste ce rôle de parrain ?
Le rôle de Charles Berling consiste à donner un peu de son temps pour mettre sa notoriété au service de la promotion du FIFDH. Ils ne sont pas si nombreux que ça, les artistes importants véritablement engagés. On peut le déplorer mais les médias sont plus enclins à relayer la tenue d’une manifestation lorsqu’une personnalité connue du grand public y est associée.

Vous voulez toucher tous les publics, en particulier les jeunes. Y aura-t-il des moments qui leur seront réservés en priorité ?
Les séances programmées l’après-midi sont sélectionnées pour pouvoir plus particulièrement accueillir le public scolaire des collèges et lycées. Nous proposons un tarif préférentiel de 4 € par élève et offrons un pass Festival permettant d’accéder gratuitement à toutes les séances pour tous les enseignants qui viendront avec leur classe au FIFDH.

Quelle(s) réflexion(s) souhaitez-vous susciter chez les spectateurs ?
Les films que nous diffusons incitent tous à la réflexion. Mais nous ne privilégions pas les Å“uvres à thèse, sans pour autant les exclure d’emblée. Le parti pris n’est pas rédhibitoire. Il est même souvent nécessaire pour faire un bon film. Mais la qualité cinématographique, les films qui cherchent à éclairer la complexité du monde et des situations sont ceux qui rencontrent le plus notre intérêt.

En quoi le cinéma peut-il, selon vous, avoir un rôle dans la promotion des droits de l’Homme, dans la manière de regarder le monde actuel ?
Le cinéma est un média dit "chaud" qui rend compte de manière sensible de questions souvent complexes et donne un "visage" à des hommes et des femmes en situation. Nul autre média ne favorise mieux l’identification et la mobilisation.

On dit que le cinéma reste un des seuls arts capables de toucher un large public et de changer les esprits. Qu’en pensez-vous ?
Le 7e art est l’art des masses par excellence depuis sa création au début du siècle dernier. La preuve a été donnée encore récemment avec le film d’Al Gore qui a participé à augmenter de manière importante le niveau de conscience sur l’environnement dans le monde. Si un film parvient à faire passer à l’action 1% de ses spectateurs, c’est gagné.

Parlez-nous de votre parcours, de votre passion pour le cinéma…
Avant de me lancer dans l’aventure du FIFDH, je dirigeais le département marketing d’un éditeur multimédia. Ma passion pour le cinéma politique provient probablement des émotions qu’ont suscitées chez en moi des films comme Saco et Vanzeti, Z ou plus récemment, Michael Clayton. Mais ma préférence va davantage au documentaire qu’à la fiction. La réalité est plus riche et surprenante. Avec la démocratisation des outils de production, le volume de documentaires aujourd’hui est de plus en plus abondant et riche. Ce genre cinématographique commence à s’imposer comme média d’information à part entière qui vient progressivement non pas se substituer mais compléter l’offre d’information des médias dominants.

Vous avez un projet de création de chaîne télé avec Alliance. Peut-on en savoir plus ?
Alliance TV sera la première chaîne d’information continue sur les droits humains. Une chaîne mini généraliste qui proposera des programmes de flux (séquences d’infos, magazines, débats) et des programmes de stock (fictions et bien sûr documentaires). La chaîne sera dotée d’un volet Internet qui fera en permanence passerelle avec l’antenne.
L’idée est de permettre de donner un fil d’information continue sur des sujets souvent complexes dont les médias ne s’emparent qu’à l’occasion des crises (attentats, conflits, catastrophes humanitaires...) et de proposer un droit de suite au public sur tous ces sujets. Je travaille pour que ce projet voie le jour en 2009.

Quelles sont vos attentes pour ce cru 2008 ?
Mes attentes sont en partie remplies car la programmation du FIFDH 2008 sera d’un très bon niveau général (un peu d’autosatisfaction ne fait de mal à personne). Le public sera, je l’espère, encore une fois au rendez-vous pour découvrir ces Å“uvres importantes et rencontrer leurs auteurs. Je souhaite surtout qu’un maximum d’enseignants emmènent leurs classes pour permettre au plus grand nombre de jeunes d’être sensibilisés à la nécessité du combat pour les droits humains. C’est une des missions prioritaires du FIFDH. Ce sont eux qu’il faut mobiliser en priorité car ils seront les acteurs du changement de demain.

Voir en ligne : Le site du festival