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par Alexandre Lassalle, vendredi 4 janvier 2008
L’Homme qui marche


Au cÅ“ur des années 70 à Paris, Viktor Atemian est écrivain. L’auteur d’un seul texte publié certes, mais d’un texte suffisamment important pour que Deleuze, entre autres, le remarque. Ce texte, Fils de chien, est, sinon au cÅ“ur, tout du moins au centre du récit de L’Homme qui marche, premier long métrage d’Aurélia Georges

Autour d’une scène de lecture publique par son auteur, on voit comment la passion d’écrire nourrit cet homme étrange avant de le dévorer littéralement. Aurélia Georges a mené un grand travail d’enquête pour reconstituer la vie de cet émigré russe, sibérien pour être précis, qui entretenait le mystère et cloisonnait ses relations sociales. Pourtant L’Homme qui marche est loin d’être un biopic, genre quelque peu malmené en cette fin 2007 avec par exemple I’m not there de Todd Haynes. Bien plus qu’une tentative biographique, L’Homme qui marche est la photographie d’une époque dont les révolutions intellectuelles n’ont pas fini de marquer nos vies et dont les contre-révolutions actuelles ne font que révéler l’emprise. Pour le succès de cette entreprise, Viktor Atemian, écrivain inconnu et "inconnaissable", était bien le candidat idéal.

Seul, noircissant des pages et des pages, allongé sur le sol de son grand appartement parfaitement et étrangement vide de Saint-Germain-des-Prés, Viktor est bien le symbole de cette génération d’artiste, et plus généralement d’intellectuels, dont la posture ne résistera pas au temps qui passe. A la fois intégré aux cercles intellectuels de son époque (il fréquente des photographes, se rend au séminaire de Lacan) et en marge, il sera incapable de s’adapter aux bouleversements sociaux qui ne laissent plus de place aux artistes en dehors de la sphère capitaliste. Alors qu’il est devenu SDF après que son logeur l’a expulsé, ses anciens amis détournent le regard devant celui dont l’étrangeté fascinait et dont la présence lors d’un dîner était valorisante... Sa quête ou son errance s’achèvera aux Deux Magots, devant lequel il s’allongera pour mourir de faim au milieu des passants indifférents.

L’Homme qui marche est un premier film d’une richesse et d’une intelligence à saluer. Porté par César Sarachu, un acteur espagnol qui prête son visage émacié et son long corps d’oiseau décharné à ce personnage étonnant, le film fait le pari de construire un récit autour de cette posture d’artiste sans Å“uvre. Et le réussit. Certains partis pris de mise en scène sont aussi audacieux, comme par exemple le travail sur la reconstitution d’un Paris qui n’est plus. Si la façon de filmer la ville permet d’accentuer sa transformation et sa frénésie grandissante, littéralement agressive à la fin du film, on peut parfois regretter que certains effets ratent leur cible. Et donne à L’Homme qui marche les contours incertains d’un style qui se cherche encore. Mais si ce premier essai d’Aurélia Georges n’est pas encore un coup de maître, c’est néanmoins la découverte d’un talent de conteuse à surveiller dans les années à venir.

Réalisation : Aurélia Georges Scénario : Aurélia Georges et Elodie de Monlibert Photographie : Hélène Louvart Interprétation : César Sarachu, Mireille Perrier, Florence Loiret Pays : France Date de sortie en France : 09 Janvier 2008 Genre : Drame Durée : 1h 22min Année de production : 2007 Distribution : Shellac Images © Shellac

Voir en ligne : Le site officiel