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par Najat Jellab, vendredi 13 juillet 2007
La Critique est aisée


Il n’est jamais facile pour le réalisateur, le comédien et le critique d’accepter le regard de l’autre. Ecouter ce qui est dit de soi est parfois salutaire et permet de comprendre les implications d’une simple phrase sur la carrière de l’un ou l’autre. Serge Daney, à l’époque des Cahiers du cinéma, se demandait "comment bien critiquer - les films progressistes tels que Z - , comment les faire progresser encore plus et nous avec"*. Nous nous sommes posés la question nous aussi. C’est pourquoi nous commençons ce dialogue par un premier texte de Najat Jellab, jeune productrice et réalisatrice installée à Montréal.
Baptiste Lusson

La critique est aisée, l’art est difficile. Tout réalisateur aspire à ce que sa gestation naisse au « domaine public », à ce que son travail soit soumis au regard de l’autre, à l’analyse critique. Cette démarche, aux suites implacables, aussi impudique soit-elle, subit à mon sens, une réduction drastique lorsque cette « critique » devient institutionnelle et que celle-ci s’érige en pierre de touche. Non pas qu’il s’agisse de blâmer la critique mais seulement d’interpeler les critiques qui ont droit de cité et qui sont donc ceux que l’on lit. Car comment analyser la création cinématographique si l’on n’en connait pas le processus, les tenants et aboutissants, les standards, les difficultés techniques, les impératifs budgétaires... Bref, comment peut-on prétendre à donner ou retirer l’envie à un public de voir un film ? Selon quels critères ? Car tout comme il ne me semble pas que l’on accorderait une tribune à un critique de musique s’il n’est musicien (même amateur), j’éprouve quelque réticence à accorder crédit à celui qui appose des petites étoiles sur un film sans s’être jamais prêté à l’exercice d’en faire un lui-même. Ce constat a pu amener certains réalisateurs à un simple boycott : à titre d’exemple, à la suite de l’accueil plus que réservé qu’avait reçu Peeping Tom de Mike Powell, Hitchcock avait décidé de n’organiser aucune projection de presse lors de la sortie de Psycho. Et pourtant, le premier avait inspiré le second.

Je crois que si le critique de cinéma veut courageusement remplir son rôle , il se doit de connaitre le processus de création aussi bien que celui de perception... Vous me direz qu’un procureur n’est pas tenu d’être ou d’avoir été un criminel pour proposer une sentence. Certes. Mais on peut à tout le moins présumer que ce procureur connait les lois. Si l’on applique ce même raisonnement juridique au cinéma, on serait en droit d’en attendre autant du critique que du procureur à ceci près qu’il s’agirait des lois du cinéma... si lois il en est. Et oui, il en est bien, mais rarement là où on les perçoit. Le cinéma, pour ceux qui le regardent, se caractérise par le mouvement, pour ceux qui le font, il se caractérise par l’imprévu, par ce qui, dans le domaine juridique, est appelé jurisprudence. Et dans ce cas, le conflit entre le critique et le cinéaste consiste en ce que le premier applique une loi codifiée à ce que le premier considère comme une exception.

*Serge Daney, La maison cinéma et le monde, 1. Le Temps des Cahiers 1962-1981, POL