Cinemapolis
Cinémapolis est le site des actualités du cinéma.

Accueil » Critiques » Films » La Question Humaine
impression envoyer l'article par mail title=
  • Del.icio.us
  • Facebook
  • Google
  • Live
  • MySpace
  • Scoopeo
  • Wikio
  • Blogmarks
  • Mister wong
  • Viadeo
par Pierre Fonsagrive, mercredi 5 septembre 2007
La Question Humaine


Un psychologue affilié au service des ressources humaines d’une grande entreprise accepte une enquête sur la santé mentale de son patron. La démarche est simple : description implacable du monde de l’entreprise, avec ses petits clones en costard qu’on suppose complètement aliénés, et désossement de sa structure pour mieux en révéler l’horreur. Car il s’agira bien de ça ; derrière l’exigence de l’entreprise, son impératif de compétitivité, se cache un sinistre écho de la pensée nazie.

C’est ainsi qu’on retrouve tout le langage du monde du travail réinterprété dans la perspective de cette révélation (délocalisation / concentration / éviction des personnes inaptes, etc.) Caricatural ? A ce point là, on est plutôt tenté par "douteux". On l’aura compris, le système libéral-capitaliste oublie la "question humaine" ; il ne prend pas en compte l’homme dans sa logique de productivité frénétique et ne tolère pas plus sa défaillance que celle d’un vieil outil. Rien de bien neuf, en somme.

Le principal défaut de ce film, qui en compte son lot, est certainement son manque de crédibilité ; tout sonne affreusement faux, les décors font récupérés, les acteurs sont maniérés et chaque plan confesse l’absence de connaissances du réalisateur sur le sujet. Mais c’est ironiquement dans son ignorance que le film cherche à puiser sa force : dépeindre le monde de l’entreprise dans sa complexité aurait forcément affaibli un discours qui veut justement être sans ambiguïté. Il ne s’agit pas de composer un tableau tout en subtils contrastes, mais bien d’être le plus lourd possible. C’est la façon qu’a trouvé le réalisateur pour être plus intransigeant et impitoyable que ses prédécesseurs.

A lire le dossier de presse où Nicolas Klotz explique avoir été tellement remué par une interview radio de François Emmanuel, l’auteur du livre dont est tiré le film, qu’il s’est empressé de l’acheter le soir même dans une librairie ouverte la nuit, pour le donner à lire au plus vite ( !) à Elisabeth Perceval, la scénariste, on se demande si l’ignorance n’est pas une sorte d’éthique pour lui. Sa façon de se préserver. "J’avais peur d’être déçu", reconnaît-il, mais déçu de quoi ? Que le livre apporte des nuances par rapport à ce qu’il avait entendu ? Brillant témoignage de la crainte du réalisateur de voir ses convictions ébranlées. On est bien loin du Couperet de Costa-Gavras, mais c’est vrai que là transparaissait une connaissance suspecte du sujet…

Réalisation : Nicolas Klotz Scénario : Elisabeth Perceval d’après le roman de François Emmanuel Musique : Syd Matters Interprétation : Mathieu Amalric, Michael Lonsdale Pays : France Genre : drame social Durée : 2h24 Date de sortie : 12 septembre 2007 Année de production : 2006 Distribution : Sophie Dulac Distribution Images © Sophie Dulac Distribution