Cinemapolis
Cinémapolis est le site des actualités du cinéma.

Accueil » Critiques » Films » La Vague
impression envoyer l'article par mail title=
  • Del.icio.us
  • Facebook
  • Google
  • Live
  • MySpace
  • Scoopeo
  • Wikio
  • Blogmarks
  • Mister wong
  • Viadeo
par Laurie Haslé, jeudi 26 février 2009
La Vague


Dennis Gansel offre une réflexion intéressante sur l’hypothèse d’une renaissance d’un régime totalitaire en Allemagne. Un film fort en émotions, qui véhicule un message poignant à travers une histoire dangereusement crédible adaptée d’un roman de Todd Strasser.

Recréer l’installation et le fonctionnement d’un régime totalitaire dans une salle de classe : telle est l’idée de Reiner Wenger, professeur trentenaire "rock’n’roll" à l’âme anarchiste. Dans quel but ? Faire comprendre à ses élèves la possibilité qu’un jour, l’autocratie puisse reparaître en Allemagne. Commence alors une semaine de restrictions, d’autoritarisme et d’uniformisation des élèves, qui doivent désormais se lever pour parler, saluer leur chef et se vêtir d’un jean et d’un chemisier blanc. Au début, ce n’est qu’un atelier. Mais les adolescents, en manque de repères, de causes à défendre et de solidarité, rebaptisent leur clan "La Vague" et décident de le rendre bel et bien réel. Wenger, propulsé au rang de "chef", perd alors le contrôle et prend le jeu trop au sérieux. Dennis Gansel souligne avec talent l’évolution des mentalités des élèves. Amusés par un atelier atypique organisé par un professeur emblématique du lycée, ils commencent à trouver leur vie d’avant bien maussade par rapport à La Vague, qui soude les individus entre eux sans distinction de race ou de religion et qui leur donne l’illusion de défendre une cause.

Le film met en relief l’annihilation tacite des opinions individuelles des membres du groupe, qui finissent par penser de la même manière, aveuglés par un sentiment rassurant de sécurité dans la communauté formée. La classe aux chemises immaculées devient une véritable secte, de laquelle chaque élève réfractaire est rejeté. Certains élèves vont jusqu’à placer La Vague au centre de leur vie, comme Tim : originellement timide et exclu de la classe, il voit en l’atelier un moyen de prendre de l’importance. Son personnage permet au réalisateur d’illustrer la dangerosité de l’autocratie qui, en gommant les différences et les identités, permet aux plus instables d’obtenir un statut important. La Vague établit également un constat amer sur la passivité que provoque le totalitarisme : une lente progression vers la dictature se produit devant les yeux des élèves, sans qu’aucun le réalise... jusqu’à l’apothéose finale, résultat d’une semaine de manipulations dangereuses qui tournent mal.

La Vague est un portrait de la jeunesse allemande actuelle : lasse de devoir sans cesse s’excuser d’un passé dont elle ne se sent pas responsable, enfermée dans un système individualiste et détachée de toute cause potentielle à défendre. L’un des élèves évoque dès le début du film ce sentiment, qui, selon lui, est l’un des facteurs de la formation d’une dictature : la frustration. Frustration que l’on retrouve dans la vie de plusieurs personnages clés du film : Tim, auquel sa famille ne prête aucune attention ; Marco, qui doit supporter les multiples amants de sa mère ; ou encore Sinan, dont les origines turques le séparent des autres élèves. Pas de stéréotypes trop marqués dans La Vague : Dennis Gansel met en scène des personnages attachants et représentatifs d’une population lycéenne réelle. L’occasion de découvrir de bons jeunes acteurs, comme Frederick Lau ou Elyas M’Barek. On regrettera juste l’absence de la figure parentale dans La Vague. Les ados semblent libres de vivre leur vie comme bon leur semble, entre fêtes régulières et petite délinquance à coups de graffitis sur les vitrines des magasins. Mais le film de Dennis Gansel illustre bien les défaillances de la jeune société allemande et, plus généralement, de la jeunesse occidentale, qui manque cruellement de repères sociaux et éducatifs, au point de devenir un outil d’une malléabilité incroyable.

Titre original : Die Welle Date de sortie : 04 mars 2009 Réalisation : Dennis Gansel Scénario : Dennis Gansel, Peter Thorwarth Photographie : Torsten Breuer Musique : Heiko Maile Interprétation : Jürgen Vogel, Frederick Lau, Max Riemelt,... Pays : Allemagne Genre : Drame Durée : 1h48min Année de production : 2008 Distribution : Bac Films