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, mercredi 24 décembre 2008
La nuit nous appartient


La Nuit nous appartient est le troisième film de James Gray, après Little Odessa et The Yards. C’est aussi un troisième coup d’éclat dans l’exacte continuité de son œuvre. Un grand film noir difficile et poignant.

New-York, fin des années 80, l’ambiance est électrique, chaude et sensuelle. Violente aussi : la police et le syndicat du crime russe se livrent un violent mano a mano autour des intérêts liés au trafic de drogue.
Robert Grusinsky (immense Joaquin Phoenix) appartient à une famille de flics. Son père Burt et son frère Joseph sont deux membres éminents du NYPD (New York Police Department). Pourtant, c’est sous le nom de Bobby Green qu’il gère El Caribe, une boîte de nuit branchée, propriété du milieu russe. Pour Bobby, les affaires sont plutôt bonnes. Son établissement a la côte et il bénéficie de la reconnaissance quasi filiale de ses supérieurs. Il parvient le plus tranquillement du monde à mener sa double vie dans les bras de la belle Amada (incandescente Eva Mendes), loin a priori de tout débordement sanglant…

Mais chez James Gray le poids de la vie ne tarde jamais à plomber ses personnages. Elle s’abat sur eux comme une enclume éloignant le moindre espoir.
Comme dans ses précédents films, il y a dans La Nuit nous appartient cette vision très noire et pessimiste de l’existence. La vie y est décrite comme une sorte de legs sinistre auquel il est impossible de se dérober. Elle renvoie les notions de bonheur et de liberté au rang de mythes et d’idéaux.

La vie d’Epicure que mène Bobby au début du film ne dure pas. Il finira par endosser le poids de son destin et des responsabilités qui vont avec. Le film raconte alors la métamorphose d’un homme et l’abandon d’une vie qui n’était pas la sienne. Pas d’émancipation chez Gray, on n’échappe pas à sa condition, on l’assume dans la douleur. Ainsi, si le film reste un récit policier haletant, il vaut surtout par l’itinéraire qu’emprunte Bobby vers un destin tragique mais digne (voir la scène où il met à genoux le parrain russe).

James Gray nous raconte alors cette sombre histoire dans la pure tradition des grands films noirs, ceux de Coppola ou ceux de Scorsese. Mais ici ces références s’estompent. Le film, contrairement à The Yards où la griffe Coppola était évidente (trop, sans doute…), n’est à aucun moment une redite enchaînant les scènes comme autant de références. C’est à ce titre le film le plus personnel de James Gray. On y retrouve ses thématiques motrices (la question du salut, le rapport à la famille…) dans une mise en scène proche de celle de Little Odessa – les passerelles entre les deux films sont nombreuses –, affranchie de tout modèles. C’est sans conteste LE film noir de cette fin d’année, aux côtés des Promesses de l’ombre de Cronenberg et mille fois au-dessus du fadasse American Gangster de Ridley Scott. Ça aurait mérité un petit quelque chose à Cannes…

Titre original : We Own The Night Réalisation : James Gray Scénario : James Gray Photographie : Joaquin Baca-Asay Musique : Wojciech Kilar Interprétation : Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Robert Duvall Pays : Etats Unis Genre : Policier Durée : 1h 54min Date de sortie : 28 Novembre 2007 Année de production : 2006 Distribution : Wild Bunch Distribution Images © Wild Bunch Distribution

Voir aussi l’article de Pierre Vaccaro