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par Emilie Breysse , vendredi 6 février 2009
Le petit fugitif


Réalisé par les photographes et réalisateurs américains Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley, Le Petit Fugitif (The Little Fugitive) raconte l’errance d’un enfant le long de la plage de Coney Island, un quartier situé au sud de New-York, dédié aux manèges et aux jeux. Récit de la découverte d’un monde à travers ses yeux, ce film, qui marqua un tournant décisif dans le cinéma américain de l’époque, dresse le portrait d’un petit garçon qui fait l’apprentissage de la réalité et de la solitude, avec une curiosité, une maturité et une légèreté déconcertante.

New York, Brooklyn au début des années 50. Joey et Lennie sont deux frères livrés à eux-mêmes dans ce quartier populaire des Etats-Unis, loin des villas suburbaines de la bourgeoisie américaine. Leur père est absent, leur mère doit mener de front vie de famille et vie professionnelle. L’aîné, Lennie, n’a d’autres choix que de s’occuper de son cadet, le jeune Joey, âgé de 7 ans. Si le premier est un modèle pour son jeune frère, l’aîné supporte mal la présence constante du plus jeune à ses côtés. Pour tromper l’ennui, Lennie et ses copains élaborent une farce cruelle qui sera à l’origine de la fugue du "petit fugitif".

L’expérience de l’errance

A l’image des gangsters cherchant à fuir la police, Joey emprunte le métro pour Coney Island, un lieu qui lui est interdit, au sein duquel il va découvrir et se découvrir, dans les méandres d’une fête foraine, entre carrousels et jeux de farces et attrapes. A peine enfui, Joey oublie la tragédie qui vient de se dérouler, il se met à déambuler seul, sans autre souci que celui de jouer. Il flâne dans un monde énigmatique, hostile parfois, féérique et intriguant, un monde d’adultes dans lequel il se confronte à une série de réalités, qui font de cette errance une expérience initiatique à part entière. Crainte, mais aussi excitation, magie, rêveries et dépassement de soi sont au programme de cet apprentissage.
Joey apprend la patience et la persévérance, qui lui permettront de gagner au jeu du "chamboule-tout". Puis, rapidement confronté au manque d’argent, il commence même "à gagner sa vie". Suivant l’exemple d’un de ses pairs, il se met en quête des bouteilles de soda abandonnées sur la plage, qu’il porte jusqu’à la consigne et dont les revenus lui permettent de financer les tours de poney qu’il affectionne tant. L’Å“uvre, dans sa forme documentaire, aborde des aspects mythiques de la culture américaine, de la bouteille de Coca-Cola devenue monnaie d’échange à la fascination qu’exerce la figure du cow-boy, en passant par le succès que rencontre le base-ball.

Joey Norton mangeant dans Coney Island

Un film majeur

Le film, réalisé avec des moyens très réduits, fut tourné avec une caméra inventée par Charles Woodruff, pour les besoins du film, une 35 millimètres ayant la maniabilité d’une caméra 16 millimètres, qui leur permettait de filmer les passants et la foule en toute liberté. La caméra, postée au niveau des yeux de l’enfant, donne au film cette saveur particulière qui fait que l’on se retrouve directement plongé dans le monde de l’enfance, goûtant et savourant la tendresse et l’humour qui émanent des images. Ce film, dont Truffaut dira qu’il influença ceux de la Nouvelle Vague, inspira notamment Les 400 coups et le personnage d’Antoine Doinel, ainsi que celui de Michel Poiccard dans A bout de souffle, de Godard. De forme libre, entre documentaire et fiction, le film, réaliste et poétique, doit beaucoup à l’interprétation incroyable du petit Joey (Richie Andrusco), que les réalisateurs découvrirent un jour, par hasard, sur un carrousel de Coney Island.

Réalisation : Ray Ashley, Morris Engel et Ruth Orkin Scénario : Ray Ashley Interprétation : Richie Andrusco, Richie Brewster, Winnifred Cushing Photographie : Morris Engel Production : Morris Engel et Ray Ashley Pays : Etats-Unis Durée : 1h 20 min Année de production : 1953 Sortie France : 11 février 2009 Distribution : Carlotta Films, France Images © Carlotta