Lorna, une jeune albanaise, souhaite acquérir un snack avec son amoureux Sokol. Pour cela, elle s’associe avec un truand, Fabio, qui organise un mariage blanc avec Claudy (Jérémie Renier), un drogué, pour qu’elle obtienne la nationalité belge. Mais le plan ne s’arrête pas là . Le « camé » sera tué afin que Lorna puisse ensuite épouser un Russe prêt à payer très cher pour obtenir la nationalité belge.

Les films des frères Dardenne sont presque tous nourris de faits divers ou d’observations personnelles - Le silence de Lorna ne fait pas exception à la règle. Un récit très similaire leur a été rapporté par une travailleuse sociale en 2002. Après avoir tourné L’Enfant, ils sont revenus sur ce projet en septembre 2005.
Avec Le silence de Lorna , le spectateur familier des Dardenne se trouve en terrain connu tant le style des deux réalisateurs reste fidèle à leurs œuvres antérieures. On retrouve l’habituelle sobriété et pureté des dialogues ainsi que, sans surprise, Jérémie Renier leur acteur fétiche qui passe d’un rôle à l’autre avec une facilité surprenante. Le voici en drogué désespéré, après avoir incarné dans leur film précédent celui qui vend l’enfant de sa compagne. Son jeu subtil, tout en finesse lui permet d’aborder plusieurs personnages convaincants. Entre ses collaborations avec les deux frères qui lui ont permis de percer, il se tourne également vers d’autres réalisateurs qui convoitent son talent tel Oliver Assayas. Il y a aussi l’actrice "révélation", après Émilie Dequenne et Déborah François, c’est le tour d’Arta Dobroshi dont le jeu est regrettablement moins impressionnant que celui des deux autres actrices. Pour Le silence de Lorna , les deux frères sont allés jusqu’au Kosovo pour dénicher leur héroïne !

Dès le début du film, le spectateur se trouve au plus près de la vie de Lorna ignorant tout de son passé et de ses projets. Ce n’est que peu à peu, au fil des conversations que l’intrigue se dévoile. La jeune Albanaise, semblable aux autres personnages des frères Dardenne, annonce un drame aux facettes multiples. Les films de Jean-Pierre et Luc Dardenne abordent des sujets délicats souvent dérangeants. Contrairement à d’autres cinéastes, ils ne se contentent pas de décrire les situations mais posent également des questions auxquelles ils apportent des éléments de réponse.
Malgré un mariage blanc avec Claudy et des relations très distantes, Lorna ne peut s’empêcher de l’aider lorsqu’il essaie d’arrêter la drogue. Elle tente aussi de faire obstacle au bon déroulement du plan machiavélique de Fabio. Rongée par les remords après l’assassinat de Claudy, Lorna est convaincue d’être enceinte. La "présence" de l’enfant sera la clé du pardon et l’espoir d’un retour en arrière.
Le titre du film devient explicite à partir de la mort de Claudy, Lorna prend peur et hésite à poursuivre les démarches aboutissant au second mariage. Soudain, elle prend conscience de l’immoralité de ce qu’on lui demande, de cet argent si sale avec lequel elle a pu acquérir le snack tant convoité.
La clandestinité des actions transparaît à travers le corps de Lorna, première victime de ces machinations – les bleus qu’elle s’inflige pour obtenir une procédure de divorce accélérée, la danse froide et distante avec le mafieux russe. On trouve également des objets, comme le téléphone portable, très présents en tant qu’intermédiaires entre les différents personnages. Le contact physique minime est accentué par ces médiums qui permettent aux individus de communiquer tout en les séparant de plus en plus.

En dépit de quelques longueurs lors des descriptions minutieuses du quotidien de Lorna, ce film des frères Dardenne semble, comme les autres, proches de nous à travers ses personnages et leurs histoires mais également grâce à sa réalisation. Même s’ils ont hésité à tourner ce film dans des studios, on peut les remercier de ne "pas lâcher prise avec la réalité" (J-P et L. Dardenne dans Positif). Leur peur de la reconstruction artificielle nous a offert Le silence de Lorna , aux images plus lentes que d’habitude, mais criant de réalisme !
Réalisation : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne Scénario : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne Photographie : Alain Marcoen Interprétation : Arta Dobroshi, Jérémie Renier, Fabrizio Rongione Pays : France, Belgique, Genre : Drame Durée : 1h45 min Année de production : 2008 Distribution : Diaphana Films Images © Diaphana Films Images