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par Baptiste Lusson, lundi 8 février 2010
Lebanon


Beaucoup de choses ont été écrites sur ce film depuis son prix à Venise et depuis sa sortie. Est-ce un film politique ? Une rédemption ? Un témoignage ? Chacun explique ici et là son ressenti et ce qu’il y voit ou croit y voir. Durant le film j’ai pensé à quelqu’un en particulier. Un historien américain, qui nous a quittés le 27 janvier dernier, Howard Zinn.

Howard Zinn écrit ceci dans son autobiographie : "J’ai été un bombardier très volontaire pendant la Seconde Guerre mondiale, pris dans une atmosphère de fanatisme qui me fit participer sans états d’âme à des crimes atroces. Après la guerre, j’ai commencé peu à peu à me demander si la guerre, aussi noble que pût être la cause défendue, permettait de résoudre quoi que ce soit étant donné les dommages causés à la morale, à la raison et à la sensibilité dont elle s’accompagne toujours."

On retrouve dans Lebanon ce fanatisme dont parle Howard Zinn, chez le commandant, chez le soldat syrien, chez le phalangiste. Certains se remettent en question après, d’autres jamais.

La guerre a été, est et sera synonyme de souffrances. Il est évident que le film Lebanon de Samuel Maoz peut être interprété comme un film pacifiste, comme le moyen pour un homme d’absoudre sa souffrance en montrant ce qu’il a vécu. Une psychothérapie sur grand écran. Peu importe ce qu’a voulu le réalisateur, ce qu’il restera de ce film, c’est ce que nous en ferons en tant que spectateur.

Être enfermé dans un tank, montrer ce que voit le tireur paraît être original. Le tank est, ici, un nouveau viatique, car des huit clos en temps de guerre ont déjà été tournés, comme l’impressionnant Das Boot dans un sous-marins allemand, ou en poussant encore plus loin dans les tranchés comme Les Sentiers de la gloire, où l’enfermement est aussi pénible qu’à l’intérieur d’un char d’assaut. A l’assaut de quoi ? De deux terroristes ayant pris des otages, mais en quoi sont-ils des terroristes, le film ne le dit pas, ou d’une camionnette ?

Cinématographiquement, le film semble juste, tant les acteurs que les plans ou la musique. Scénaristiquement, la perfection est encore loin. Sans connaître l’histoire des personnages, le spectateur lambda sera perdu. Et l’on peut reprocher que le cadre historique - la guerre - soit bien trop simpliste.

Samuel Maoz a mis en scène avec beaucoup de soin les moments où, au travers de son viseur, le soldat israélien observe ce qui l’entoure, l’âne mourant, la camionnette, les différentes victimes... Pourquoi ? Est-ce avec des armes que l’on construit la paix ? Celles-ci ne servent-elles pas la haine, qu’elle soit religieuse ou nationaliste ?

Ce film devrait faire réfléchir au-delà des responsabilités du conflit et nous inciter à remettre en question ces discours belliqueux, et à désirer plus que tout vouloir vivre en paix, ici comme ailleurs. Suite à son engagement militaire, Howard Zinn est devenu historien et pacifiste, a pris position contre la guerre en Irak. Samuel Maoz a mis 25 ans pour réaliser ce film, d’autres l’on fait avant lui, Ari Floman, Joseph Cedar. Et en France ?

A ces étranges étrangers qui nous gouvernent (Sarkozy, Fillon, Besson, Alliot-Marie, Kouchner, Hortefeux) : que faisons-nous en Afghanistan ? Pourquoi des militaires français meurent-ils là-bas ? Que craignons-nous ? Peut-être qu’un jour un jeune soldat français réalisera un film, tel que Lebanon , et on se dira que l’on nous a menti.

Réalisation : Samuel Maoz Scénario : Samuel Maoz Musique : Photographie : Giora Bejach Interprétation : Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen Pays : Israël Genre : Drame Durée : 1h32 min Année de production : 2009 Distribution : CTV International Images © CTV International

Pour aller plus loin :
Un article fort intéressant d’un éditeur libanais sur Rue89
Sur Howard Zinn, le site officiel