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par Baptiste Lusson, mercredi 2 avril 2008
Mad Detective


Mad Detective est un film noir dans lequel un détective véreux est possédé par de multiples personnalités. Il est poursuivi pour de sombres affaires par un jeune flic et son mentor, ancien détective qui aurait perdu la raison.

Quelle est notre vraie personnalité ? semblent se demander Johnnie To et Wai Ka-fai explorant le côté obscur de chacun et donnant par là même une explication. Elle ne serait pas unique mais plusieurs, comme celles du détective Ko (Gordon Lam Ka-tung) que l’on peut supposer être l’Avarice la Colère (le violent) l’Envie La Gourmandise (le gros), la Luxure l’Orgueil (la femme) et la Paresse : les sept pêchés capitaux. Le nombre 7 est d’ailleurs selon la Bible le nombre du châtiment, de la purification et de la pénitence. La vie de cet homme s’arrêtera dans la douleur.

Est-ce le fruit du hasard ou une réelle recherche et une volonté de jouer, encore une fois, avec les codes cinématographiques ? Les deux réalisateurs voulaient trouver une nouvelle voie dans la réalisation du polar et ainsi, si ce n’est créer un nouveau genre, du moins essayer d’en dessiner les contours, même s’ils n’apportent aucune réponse.

Le dédoublement des personnalités est poussé à son paroxysme dans la scène finale. Qui est-il ? Où est-il ? Est-ce lui ou lui ? Les personnages se perdent pour enfin se retrouver face à face, face à eux-mêmes, pourrait-on dire. Abattez les miroirs (ou les masques), que l’on voie qui vous êtes ! Arme au poing, classique mise en scène où chacun menace l’autre de son revolver et où, malgré la banalité de la situation, on se demande qui tirera le premier et qui survivra. Cette dernière scène de Mad Detective a souvent été comparée lors du festival de Venise 2007 à celle de The Lady From Shangai d’Orson Welles. Il semble étonnant que Johnnie To n’ait jamais vu le film d’Orson Welles avant d’écrire le sien, selon ses propres dires, tellement il y a de similitudes : les miroirs, la fusillade, la mort…

Ces multiples personnalités peuvent être également rapprochées de la tradition asiatique et des nombreux démons qu’elle met en scène, que ce soit dans certains films hongkongais (films fantastiques tels que Zu et la montagne magique de Tsui Hark), les films d’animation japonais (Le Voyage de Chihiro) ou les comédies comme The Taste of Tea où une jeune fille est hantée par son double géant. Dès lors, Johnnie To et Wai Ka-fai s’amusent en mêlant les genres, le fantastique avec l’apparition et la disparition des démons, la comédie notamment quand les démons sont entassés dans la voiture de Ko, le polar avec la disparition d’un enquêteur ou celle de la femme du flic médium. Comme le confirme Johnnie To, ils sont à la recherche d’un nouveau genre, caricaturant les profilers américains sans tomber dans les mauvais clichés, notamment grâce au personnage de Bun.

Gordon Lam Ka-tung et Lau Ching-wan s’avèrent être d’admirables acteurs. Le dernier est réellement convaincant dans le rôle du flic médium et suicidaire traumatisé par des hallucinations où apparaissent des démons et sa femme.

N’échappant pas à quelques petites longueurs, le film reste malgré tout plaisant à voir, pour celles et ceux qui ne craignent pas le sang. Des thèmes habilement exploités, tels que le personnage bon, le méchant et l’amour brisé, par un cinéaste talentueux presque au meilleur de sa forme.

Réalisation : Johnnie To, Wai Ka-fai Scénario : Wai Ka-fai, Kin Yee Au Photographie : Siu-keung Cheng Musique : Xavier Jamaux Interprétation : Lau Ching-wan , Andy On, Lam Ka-tung Pays : Chine (Hong Kong) Date de sortie en France : 05 Mars 2008 Genre : Thriller Durée : 1h 29min Année de production : 2008 Distribution : CTV International Images © CTV International