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par Baptiste Lusson, dimanche 31 janvier 2010
Mother


Bong Joon-oh est incontestablement un grand cinéaste. Au-delà d’une maîtrise de l’art cinématographique qui n’a rien à envier aux maîtres occidentaux, Bong Joon-oh sait conter une histoire. Mais la perfection n’existe pas.

Une mère recherche le meurtrier d’une adolescente afin d’innocenter son fils. L’histoire est simple, reste le travail de Bong Joon-ho sur la lumière, la mise en scène, la direction d’acteurs. Même si reviennent certains clichés (scène de repas ou de karaoké), ceux-ci permettent bien évidemment de placer le ou les personnages dans un contexte nécessaire à l’histoire, les rendant ainsi crédibles, c’est-à-dire humains, auprès du public. Pas de manichéisme, chacun a ainsi ses bons et ses mauvais côtés. L’avocat arriviste essaie malgré son indifférence de trouver une solution, l’ami profite de la détresse de la mère…

Cette relation mère-fils n’avait pas encore été explorée par Bong Joon-ho. Dans The Host c’est une autre relation qui est mise en avant : père-fils et fratrie. La mère ici a abandonné le foyer, laissant sa famille dans un déséquilibre tel qu’aucun des enfants n’arrivent à se construire une vie. Dans Mother , la mère se sacrifie pour son fils, prête à tout pour lui, dans une relation extrême, voire ambiguë et non exempte d’un soupçon d’inceste.

Ce film pourrait être le troisième volet d’un triptyque dont le thème serait la disparition d’une ou plusieurs femmes. Chaque tableau est composé de la mort, plus ou moins rapide, d’un personnage féminin, dans Memories of Murder, des jeunes femmes sont violées et tuées, dans The Host la fille unique du personnage principal est enlevée par le monstre, dans Mother une lycéenne est tuée, toutes sont au cœur de l’histoire et se révèle être l’élément déclencheur. Le meurtre n’est qu’un prétexte pour mettre à jour les défaillances d’un système, Memories of Murder dénonce une police inefficace, The Host une allégeance aveugle de la Corée du Sud envers les Etats-Unis, et Mother , la situation d’une mère élevant seule un enfant ayant un handicap.

Les plans sont parfaits, tantôt en vue panoramique, rendant le personnage infiniment petit dans son environnement, tantôt serré, en gros plan, pour le portrait surtout, plaçant ainsi ses personnages dans un cadre dramatique, soulignant leurs sentiments. Bong Joon-ho est un portraitiste, plaçant ses personnages ici ou là, mais jamais au centre, permettant ainsi au regard du spectateur de s’arrêter sur un détail, l’histoire s’insère alors dans un cadre socio-culturel, la ville de province et ses faubourgs pour Mother . Autre moyen magistralement utilisé, le son, qui devient le vecteur d’une tension, durant laquelle le public est suspendu à un mouvement, attendant avec impatience la première parole libératrice, qu’elle soit un mot ou un cri.

L’actrice Kim Hye-Ja interprète à la perfection ce rôle de femme et de mère meurtrie par sa situation (on ne sait si son mari est mort ou parti), par l’état de son fils, par un environnement économique difficile… Le jeu des acteurs dans leur ensemble, d’ailleurs, est très juste et dénote l’attention du réalisateur jusque dans le mouvement d’une main, l’expression d’un regard, à placer le corps en adéquation avec une situation ou un sentiment donné - illustrant ainsi l’importance pour un metteur en scène de savoir guider ses comédiens, sans forcément les priver d’un champ libre.

Bong joon-ho est indéniablement un grand réalisateur, qui n’utilise aucun pathos, rien n’est fait dans ce film pour inciter le spectateur à s’apitoyer devant tant de malheurs (handicap, meurtres, solitudes...).

Certes, la fin du film s’étire dans d’inutiles scènes, là où une ellipse aurait pu parachever cette Å“uvre. Mais on pardonnera à Bong Joon-ho d’être trop explicite, car plaire à différents publics (tant en Asie, qu’en Europe ou aux Etats-Unis) sans y perdre son talent est trop rare pour ne pas être relevé.

Titre original : Madeo Réalisation : Bong Joon-ho Scénario : Park Wun-kyo Bong Joon-ho Photographie : Hong Kyung-Pyo (Aka Alex) Musique : Lee Byeong-woo Interprétation : Won Bin, Kim Hye-Ja, Jin Ku Pays : Corée du sud Genre : Drame, Date de sortie cinéma : 27 janvier 2010 Durée : 2h10 min Année de production : 2009 Distributeur France : Diaphana Films Images © Diaphana Films

Pour aller plus loin :
Voir également l’article sur The Host par Céline Egéa
Voir l’article sur Mémories of Murder par Baptiste Lusson
La fiche de Bong Joon-ho sur IMDB
Une biographie de Bong Joon-ho