Il y avait 9 longs métrages en compétition pour la Violette d’or cette année. C’est La caja de Juan Carlos Falcón qui s’est brillamment distingué en raflant de concert et la Violette d’or (prix grâce auquel le film bénéficie d’une dotation de 7 500€) et le prix pour la meilleure musique originale, composée par Joan Valent. Pour la deuxième année consécutive, Cinespaña choisit de récompenser un premier film (en 2006, la Violette d’or avait été remise à Daniel Sánchez-Arévalo pour son premier long, Azuloscurocasinegro). Une tendance qui prouve tout le talent de la jeune génération de cinéastes espagnols.

Le prix d’interprétation chez les messieurs est tombé aux mains d’Álex Brendemülh pour sa prestation dans Yo de Rafa Cortés (premier long métrage également) dans lequel il campe Hans, un Allemand fraîchement débarqué près de Majorque, où il va faire les frais de la suspicion des locaux (du moins, c’est ce qu’il croit…) pour un acte qu’il n’a pas commis. A noter que l’acteur était également à l’affiche de 53 días de invierno, également en compétition, dans lequel il jouait aux côtés de Aina Clotet qui remporte le prix d’interprétation féminine, ex æquo avec Cuca Escribano, pour le film d’Azucena Rodríguez, Atlas de Geografía Humana, qui rafle aussi le prix Coup de cœur des lecteurs de La Dépêche du midi. Un joli film de mœurs mâtiné de comédie où l’on suit l’itinéraire de quatre femmes réunies autour d’un projet professionnel (l’édition d’un atlas). Sexe, amours, couple, mariage, amitiés, travail, famille : tout y passe. Le film livre un sympathique condensé de nos vies quotidiennes, porté par un quatuor de comédiennes épatantes. Toutes sont excellentes et auraient peut-être mérité une récompense collective…
Côté scénario, le prix revient à Cesc Gay et Tomas Aragay pour le script de Ficción réalisé par Cesc Gay, sorte de mise en abîme de leur propre travail de scénaristes (il y raconte l’histoire d’Alex qui décide de partir en montagne pour boucler le scénario de son prochain film).
Le public (nombreux) du festival a, quant à lui, décidé de soutenir Fuerte apache, une des belles surprises de ce festival, qui décroche, applaudissements à l’appui, le prix du Public. C’est un drame social de Jaume Mateu Adrover qui signe ici son premier long métrage pour le cinéma. Bien rythmé, bien équilibré, le récit s’intéresse au difficile métier d’éducateur et alterne les points de vue (aussi bien les jeunes que les adultes qui les entourent). Un film taillé pour ce genre de prix qui a le grand mérite de soulever les principaux problèmes liés à son sujet : la difficulté de créer du sens dans la relation entre éducateurs et jeunes. Le sentiment pour les premiers de bosser “dans le vent”. La difficulté des seconds pour installer des repères stables auprès d’adultes parfois dépassés. Décidément un chouette film : sincère, inspiré, rythmé et émouvant. Un cran au-dessus de L’Esquive…

Autre surprise de cette édition, toujours dans la compétition, La soledad (présenté à Cannes cette année dans la section “Un certain regard”). Avec ce film, Jaime Rosales livre une "certaine" vision du cinéma. Un cinéma à la réalisation sobre. Ici, pas de Steadycam ni de mouvements de grue ou de travellings furieux. Les plans fixes sont soigneusement composés. La mise en scène s’articule autour de deux partis pris principaux. Le split screen, soit la division de l’écran en deux, procédé dont Brian de Palma est l’un des plus prestigieux représentant (on pense à Sisters notamment…) et l’utilisation du hors-champ, qui par ses entrées et sorties constitue la petite “danse” du film. Un film proche de l’humain, sans fard ni paillettes, brut dans la description de la réalité d’une jeune mère célibataire (Sonia Almarche), qui s’installe à Madrid avec son fils et qui tente de se reconstruire après la perte de celui-ci dans un attentat, et d’une femme veuve (Petra Martinez) entourée de ses trois filles. Une œuvre très (trop ?) naturaliste qui doit beaucoup à la justesse de ses comédiennes.
Hors compétition, on retiendra La sombra de nadie (L’Ombre de personne en version française). Petite incursion réussie dans le cinéma de genre signée Pablo Malo (déjà présent à Cinespaña en 2005 avec un drame, Frío sol de invierno). Le programme nous présentait un thriller fantastique, mais c’est davantage à une authentique histoire de fantômes à laquelle nous avons affaire ici. L’action se déroule dans les Pyrénées basques où le corps d’une jeune fille est retrouvé à proximité de l’internat où elle vivait. Peu après, un homme s’installe seul dans une maison proche. Au même moment, des phénomènes étranges apparaissent…Le film réussit à installer une atmosphère flottante et ambiguë autour d’une petite communauté et, malgré quelque effets convenus, dévoile habilement les ressorts fantastiques de son intrigue. Un film qui rappelle aisément le Fragile de Jaume Balaguèro (espagnol lui aussi…) tant les deux longs métrages semblent vouloir nous dire la même chose : si les fantômes existent, ils sont une résurgence de ceux qui sont morts dans le monde des vivants pour pouvoir rester auprès de ceux qu’ils aiment.
Restons dans le fantastique, mais cette fois avec la véritable star de ce festival : El espiritu de la colmena (en français, L’Esprit de la ruche), chef-d’œuvre du cinéma espagnol, réalisé par Víctor Erice en 1973 et produit par Elías Querejeta (le film faisait partie de la rétrospective consacrée au producteur basque). Un film au réalisme onirique sur la magie de l’enfance. Deux sœurs sont subjuguées après la projection dans leur petit village du Docteur Frankenstein. La plus jeune, Ana (extraordinaire Ana Torrent, alors âgée de sept ans !!), est persuadée que le monstre existe. D’ailleurs, elle le rencontrera…
Le film est une ode aux pouvoirs de l’imagination et à la magie de l’enfance, période douce et terrible de nos premiers pas dans la vie. Il déroule un climat à l’orée de la réalité et du rêve, mis en image dans une photographie splendide. Avec L’Esprit de la ruche, Erice signe un film immersif d’une grande puissance évocatrice. Pour preuve la scène de la cueillette des champignons où se dissimule une habile métaphore sur les dangers du fascisme (l’action se déroule en 1940 après la guerre civile, soit au moment où Franco s’empare du pays). Un grand film, poétique, intelligent et beau, auquel Guillermo del Toro a brillamment rendu hommage avec son Labyrinthe de Pan. Le sommet de cette édition.