Sociologie du cinéma et de ses publics, un petit livre qui comporte un grand titre. Lorsqu’il se trouve entre les mains d’un lecteur, on redoute un peu son contenu. Qu’est-ce que la sociologie peut apporter à la compréhension du phénomène cinéma ? À quoi s’attendre avec un titre si vaste ?
Divisé en quatre thèmes (le cinéma comme art populaire, le cinéma dans la cité avec la projection et la réception des œuvres cinématographiques) ce livre se révèle être la synthèse subtile qui manquait. En une centaine de pages, Emmanuel Ethis, professeur de sociologie à l’Université d’Avignon, nous livre une étude instructive et vivante comme on en trouve peu.
Cet ouvrage généraliste englobe toutes sortes de thèmes du cinéma considéré comme "culture de masse", jusqu’aux cinéphiles festivaliers en passant par les ciné-palaces et la censure. Entraîné par toutes les informations, on s’étonne en apprenant que Ben-Hur appellerait à une double lecture et violerait le "code Hays" qui interdit la représentation de l’homosexualité à l’écran. On sourit en découvrant que les cinémas Gaumont ont mis en place les Dix Commandements du "Bon spectateur". On s’instruit sur l’aménagement intérieur des chambres estudiantines qui s’avèrent être fréquemment tapissées d’affiches de Fight Club, Aviator, Julia Roberts ou Johnny Depp.
Rédigé par un auteur dont la profession n’est pas directement liée au cinéma, on se trouve embarqué par un regard inhabituel vers un art que l’on semble redécouvrir. Attaché au comportement du public, ce livre nous fait prendre conscience de nos habitudes ou de celles de nos semblables. Faisons-nous partie des 35% à 40% de spectateurs qui ignorent au préalable ce qu’ils vont voir lorsqu’ils se rendent au cinéma ? Sommes-nous les cinéphiles qui souhaitent rencontrer un acteur ?
Cet écrit est dédié à une multitude de thèmes différents pas toujours indispensables et traités parfois de manière un peu sommaire mais l’auteur s’attache aussi à certains sujets primordiaux et ose se pencher sur des définitions ambitieuses. Sa présentation des différents critères selon lesquels un film peut être considéré comme bon et son observation de deux conceptions de la cinéphilie notamment s’avèrent des plus intéressantes.
Emmanuel Ethis ne perd pas son lecteur dans une abondante utilisation de termes scientifiques. Il dose ceux-ci soigneusement, ajoute à son récit quelques chiffres justificatifs et ponctue le tout par de multiples anecdotes. Une recette qui rend la lecture agréable et réconciliera peut-être sociologie et cinéma.
Sociologie du cinéma et de ses publics d’Emmanuel Ethis, Éd. Armand Colin (2ème éd.)