A la toute fin du générique clôturant There Will Be Blood, un carton rend hommage et dédie le film au récemment disparu Robert Altman. Non pas que There Will Be Blood soit directement inspiré de l’œuvre du réalisateur de The Last Show, mais davantage parce que le cinéma de Paul Thomas Anderson est l’incarnation (tout comme celui de Altman) de la véritable portée romanesque du 7e art. C’est en cela que There Will Be Blood apparaît comme l’héritage du maître du film choral.

Déjà avec Magnolia, Paul Thomas Anderson traçait ce sillon. Avec There Will Be Blood, le cinéaste américain tend à se focaliser davantage sur une unique personnalité, celle de Daniel Plainview. Bien entendu cela n’est qu’une apparence, le parcours de ce prospecteur de pétrole au début des années 1900 n’est rien d’autre que celui de l’Amérique, tiraillée entre les cieux et les entrailles de la terre. There Will Be Blood interroge alors les débuts de l’ère du pétrole, le point de départ de la logique géopolitique que nous sommes en train de vivre. There Will Be Blood : le sang coulera, c’est le titre du film, détourné de celui de l’œuvre de départ, Oil, le roman que Upton Sinclair écrivit à la fin des années 1920. Une formule funeste prémonitoire pour l’époque mais terriblement actuelle aujourd’hui, puisque les deux guerres du Golfe sont directement issues des conflits pétroliers qui agitent le monde et ont fait (et continuent de faire) couler beaucoup de sang. En ce sens, le film d’Anderson contient la même résonance que les Å“uvres phares du cinéma américain, celles de Coppola, Eastwood ou Cimino par exemple.

Mais There Will Be Blood est aussi une œuvre plastique d’une rare beauté. Eclairé par Robert Elswit, chef opérateur attitré d’Anderson. Entre western et heroic fantasy, le film est à l’origine des images parmi les plus puissantes que le cinéma nous ait livrées ces dernier temps : celles d’un puit de pétrole embrasé noyé dans un nuage de fumée brune, filmé par une caméra virtuose (les mouvements de grue sont à couper le souffle). Nous sommes saisis dés les premiers plans arides d’un no man’s land américain assorti d’une note glaçante qui nous avertit d’emblée que cette histoire ne se terminera pas bien. La suite nous entraîne dans les profondeurs du sol et dans les tréfonds de l’âme humaine. Une âme, celle de Daniel Plainview, homme déjà perdu qui inlassablement creuse pour découvrir du pétrole.
Et alors que cet or noir jaillira, Plainview finira par se complaire dans sa dureté, signifiant son dégoût pour ses semblables et pactisant avec le diable en la personne d’Eli Sunday, fils d’Abel Sunday, le propriétaire d’une ferme érigée sur une importante réserve de pétrole convoitée par Plainview. Celui-ci parviendra à convaincre les Sunday de lui céder leurs terres contre une bouchée de pain. Dés lors son destin sera lié à celui d’Eli qui voit en ce prospecteur le moyen idéal pour financer l’église de la Troisième Révélation dont il se dit être l’apôtre. Le film aborde alors de front les fondements de la nation américaine, la foi chrétienne et le dollar. Deux instruments du pouvoir qui se télescopent, s’affrontent et se courtisent. Deux obsessions, par lesquelles Anderson dresse le portrait de deux figures conquérantes (Plainview et Eli).

Le film raconte alors le prolongement de la conquête du Far West. L’ouest à été conquis et l’Amérique a besoin de nouveaux défis. Elle les trouvera sous la terre (le pétrole) et dans le cœur des hommes (la foi). En se gardant d’un quelconque jugement ou d’une quelconque morale, P.T. Anderson nous dévoile les vrais visages du capitalisme sauvage et de l’intégrisme religieux. Deux tumeurs qui rongent à petit feu ce qu’il nous reste d’humanité
Réalisation : Paul Thomas Anderson Scénario : Paul Thomas Anderson d’après l’oeuvre de Upton Sinclair Photographie : Robert Elswit Musique : Jonny Greenwood Interprétation : Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Dillon Freasier Pays : Etats Unis Genre : Drame Durée : 2h 38min Année de production : 2007 Date de sortie en France : 27 Février 2008 Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France Images © Walt Disney Studios Motion Pictures France