Il n’y avait qu’un groupe pour s’allier à un tel projet : U2, mondialement connu comme l’un des précurseurs de nouvelles technologies sur scène, à travers les écrans vidéo de la tournée 1992-1993 "ZooTV", puis plus tard les LED sur la tournée 1997-1998 "PopMart" et enfin les rideaux vidéo au service de leur dernière tournée en date, "Vertigo".

Concernant les 85 minutes passées aux côtés des rockeurs, l’effet est impressionnant. Un déclencheur de sensations au même titre qu’une attraction du parc Disney, quoique encore un peu timide pour l’utilisation de leur joujou. On se rappelle justement des effets – drôlement aventureux pour l’époque (1992 en France) – du Star Wars 3D version Michael Jackson proposé aux visiteurs du Monde merveilleux : Captain Eo. Pour ce moyen métrage, Luke Skybambi n’avait pas hésité à jouer avec les effets de proximité bluffants – un bébé ewok laissant place à une météorite fonceuse. Ici, l’effet en trois dimensions d’un Bono nous caressant la joue est trop rapidement coupé par un énième travelling sur le stade. Et nous laisse sur notre faim, comme jadis la cassette VHS avec lunettes fournies de Freddy Krueger, l’ultime cauchemar, visionnée en douce sur l’écran 40 cm du salon/salle à manger. Pour ce dernier volet, Wes Craven proposait aux adolescents que nous étions (en 1991) de tuer enfin le croquemitaine à l’aide de notre pouvoir 3D. Quelle frustration d’attendre – en vain – pendant 86 minutes Sir Kruger nous griffer les entrailles pour de faux. Une expérience cinématographique bâclée.

Pour le cas de U2 3D, on aurait aimé que les créateurs de l’ovni entrent davantage dans le jeu. Un riff de The Edge le long de nos lobes, un Bono courant, presque volant, dans notre direction. Un orgasme à la fois visuel et auditif. Car quel est, au final, l’intérêt d’un concert retransmis en 3D ? Rapporter les sensations du live sur écran plat, l’ambiance, l’émotion de cette grande messe musicale : tout ça peut être servi par une simple vidéo, à condition que le groupe soit suffisamment inspiré et communicatif –ce qui n’est pas à la portée de n’importe quelle formation, mais là n’est pas la question. La 3D apporte l’interactivité. Les images enfilées de U2 3D sont rigoureusement nettes, au rendu quasi réel (sauf lorsque l’artiste sautille de trop), mais le jeu est un peu gâché par les changements de caméra trop fréquents. On retiendra toutefois quelques moments de grâce lors du duo The Edge/Bono pour Sunday Bloody Sunday ainsi que sur le défilement de messages pour One. Et, de façon générale, des scènes en plongée audacieuses et parfaitement réussies.

Au cœur des stades latins, il était évidemment impossible de placer tant de cameras, au risque de déranger le public ayant, lui, payé son billet pour le premier rang – au prix d’un réveil douloureux dès potron-minet, de batailles sanglantes à coups de coude dans la file, de courses poursuites vers les grilles. Par conséquent, ces angles rapprochés du groupe sont issus de sessions enregistrées sans public, uniquement pour les caméras. Cette illusion quasi parfaite n’aurait jamais pu être possible avec un groupe de rock lambda. Mais les Irlandais, véritables monstres de précision, sont réputés (d’après les indiscrétions des membres d’Oasis, première partie de la tournée "PopMart" en 1997-1998) pour revisionner en loge chacun de leur geste, chorégraphié. Pas très punk mais bien pratique pour les raccords.
Si l’illusion est parfaite, le recours à la 3D empiète sensiblement sur la concentration auditive. Heureusement, il n’est pas question ici d’une découverte musicale. La tournée "Vertigo Tour" résonnant comme une tournée Best Of, impossible d’ignorer la set list. Le spectateur peut davantage s’amuser à loucher à sa guise, ôter ses lunettes pour en vérifier les effets, et enfin observer l’air stupide des voisins de fauteuil.
Set List : Vertigo, Beautiful Day, New Year’s Day, Sometimes You Can’t Make It On Your Own, Love And Peace, Sunday Bloody Sunday, Bullet The Blue Sky, Miss Sarjevo, U.N. Declaration Of Human Rights, Pride (In The Name Of Love), Where The Streets Have No Name, One, The Fly, With Or Without You, Yahweh
Réalisateur : Catherine Owens Genre : Documentaire Durée : 01 h 30 min (public) Date de sortie : 05 mars 2008 Pays : Etats Unis Année de production : 2008 Distribution : National Geographic Entertainment Images © 3ality Digital Entertainment