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par Emilie Breysse , jeudi 5 février 2009
Z32


Nom de code : Z32, le nom d’un soldat israélien, ex-membre d’une unité d’élite de l’armée israélienne. Z32 est un homme qui préfère taire son identité, un homme qui porte un masque au-delà duquel seuls les yeux et la bouche transparaissent. Avi Mograbi est un réalisateur israélien, bénévole de Shovrim Shtika, un groupe d’anciens soldats, il a entendu des dizaines de témoignages, parmi lesquels celui de Z32 dont il a décidé de faire un film…

Depuis une chambre, en Inde, Z32 est assis face à la caméra avec sa petite amie. Il parle de ce qu’il a fait, il s’adresse à son amie, il lui demande de raconter cette histoire, son histoire. Que dire ? Les mots ne viennent pas si facilement, le malaise est là, leurs doigts se tordent, les silences s’allongent, les questions se superposent. Entraîné pendant plusieurs mois avant de faire partie d’une unité d’élite, Z32 raconte ce qu’il a vécu, la dureté, les humiliations subies, l’entraînement viril, la volonté d’être le meilleur, d’être le plus fort pour venger, tuer. Il parle de ces soldats qui ont envie d’en découdre, de l’attente qu’il se passe quelque chose.

Sur la route 443, l’unité de Z32 est envoyée en représailles à la mort de six soldats israélien. A un barrage, deux policiers palestiniens sont tués, dont un sous les balles de Z32. Mais au-delà des faits, si terribles soient-ils, ce n’est pas seulement ce meurtre-là qui inquiète et questionne mais bien un certain rapport à la mort de l’autre. Z32 nous parle du plaisir, du plaisir de tuer, de l’ivresse des soldats avant la bataille, d’adrénaline, d’excitation, de la satisfaction d’avoir tué. « On plane, tout le monde plane », nous dit-il à propos du sentiment des soldats à la suite d’une incursion, « c’était le pied »,, ajoute-il encore. Il raconte le plaisir d’intimider, de saccager. Il nous parle de taches, de taches qui courent, des Palestiniens qui s’enfuient sous les tirs, des hommes qui deviennent des taches d’ombre sur lesquelles ils tirent.
A ses côtés, pour l’écouter, se trouvent tantôt le réalisateur, tantôt sa petite amie, une jeune femme dont il espère le pardon et qui a du mal à l’exaucer, qui trouve cela « absurde »,, qui pose des questions auxquelles il n’est visiblement pas près de répondre.

Dans ce film conçu comme un documentaire, Avi Mograbi est présent chez lui, dans son appartement, avec sa famille. Il se confie, il chante, il raconte cette histoire à sa façon, il interroge la guerre, la raison de ce film, le rapport à la mort, la possibilité du pardon. En référence à la tragédie grecque, Mograbi met en scène un chÅ“ur, au milieu duquel il livre une certaine réflexion sur la réalité du soldat en Israël, au Moyen-Orient, dans les armées du monde entier. L’exercice est périlleux, et la mise en scène cathartique trouble un propos qui se suffit souvent à lui-même. « Tu es un soldat, tu fais la guerre. Ceux qui sont avec toi sont les bons, les autres sont les méchants », nous confie Z32. Tout est dit, bien que cela reste difficile à entendre, car les mots, eux, surgissent sans masque et expriment une réalité bouleversante sur l’humanité et notre condition.

Date de sortie : 18 février 2009 Réalisation : Avi Mograbi Scénario : Avi Mograbi Image : Philippe Bellaïche Musique : Noam Enbar Montage image : Avi Mograbi Montage son et mixage : Dominique Vieillard Effets spéciaux : Eran Feller Coproduction : Avi Mograbi, LES FILMS D’ICI / Serge LALOU Pays : Israël, France Genre : Documentaire Durée : 1h 21min. Année de production : 2008 Distribution : Les Films du Losange.