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par Baptiste Lusson, Damien Moreno, mardi 27 novembre 2007
Rencontre avec Romain Sublon


A l’occasion de la sortie du livre Portraits, Acteurs du cinéma français (Ed. Arthénon) par Romain Sublon (textes) et Stéphane Louis (photographies), Cinémapolis a rencontré son auteur. Retour sur cette rencontre, autour de la conception d’un projet original qui dévoile une part du vrai talent du cinéma français.

Un parcours

En fait, j’ai commencé à m’intéresser au cinéma vers 15-16 ans. D’abord gentiment, en voyant des films et en parlant avec des potes qui s’y intéressaient aussi. Même si très vite je me suis dirigé vers des films différents de ceux qu’on peut aimer à cet âge-là ! Le premier tournant a été la création d’un fanzine avec 4 personnes. Un véritable fanzine artisanal : une feuille A3 pliée en deux en noir et blanc qui s’appelait Travelling. Et puis, on a eu envie de se prendre au jeu, on a rencontré deux-trois personnes, dont un mec que je connaissais et qui est graphiste. C’est ce qui nous a permis de faire le premier numéro de Cut, qui maintenant est devenu un collectif d’illustrateurs, de photographes, de rédacteurs et de gens qui aiment le cinéma… Certains rédacteurs voient trois films dans l’année, d’autres en voient 250. Les textes et illustrations sont des créations originales. C’est une revue gratuite pour laquelle on s’attache à ne pas vendre la couverture, à ne pas faire de publi-reportage. On tente de conserver l’esprit des débuts et de garder notre intégrité.

Le début

La première envie, c’était d’écrire et il se trouve que la première occasion que j’ai eue, c’est à dix-huit ans. J’étais membre d’un club de tennis sur lequel il fallait faire un article dans le journal régional. Voilà, j’ai saisi l’occasion, j’ai dit "ok, moi je veux bien le faire". La rédaction m’a rappelé pour me proposer d’en faire d’autres. En fait, c’est comme ça que je suis devenu journaliste sportif mais indépendant. Je n’ai jamais été en CDI où que ce soit. J’ai commencé à écrire sur le tennis, sur le foot, et puis c’est allé crescendo en faisant les tournois régionaux et en allant aussi au tournoi de Bercy, en m’occupant du foot pour les Dernières Nouvelles d’Alsace ou pour l’UEFA. Je suis devenu journaliste indépendant. Ce n’est pas que ça m’excitait mais ça me permettait de vivre et puis j’aimais bien finalement, ça m’amusait. Maintenant je n’écris plus sur le sport, j’ai arrêté depuis l’an dernier.

Denis Lavant © Stéphane Louis

De la difficulté d’exister pour la presse indépendante

Oui, c’est de plus en plus inquiétant, car de plus en plus de distributeurs ne souhaitent plus travailler sans publi-reportage. Quand tu as dis non pour encenser un film… il suffit de regarder la presse pour comprendre que d’autres disent oui pour faire un article positif sur un film en échange d’une publicité. Ces petites dérives existent et, comme il y a plein de gens qui jouent le jeu, les annonceurs n’ont plus besoin de se prendre la tête avec ceux qui ne veulent pas jouer. Donc, ça va devenir de plus en plus compliqué de résister.
Ce n’est finalement qu’une parabole de ce qu’est la réalité du cinéma où il est de plus en plus difficile de faire exister un film si tu n’as pas telle ou telle tête d’affiche, si tu ne rentres pas dans tel format, si tu dépasses 1h30, si tu abordes certains sujets... Alors, tu n’existes plus parce que les télévisions n’injectent plus d’argent. En même temps il y a des tas de gens qui n’ont aucun problème avec ce modèle. Reste que je suis plutôt pessimiste quant à l’avenir de publications comme Cut, même si on en est au 25ème numéro. Pour moi, ça tient un peu du miracle compte tenu de toutes les contraintes qu’on rencontre. Je me dis toujours que c’est le dernier numéro. Mais nous arrivons à tenir… Et puis, il ne faut surtout pas oublier de parler de ceux qui ont gardé une intégrité et qui continuent de respecter la règle de l’indépendance de la presse et le travail critique. Y en a quand même quelques-uns et c’est pour ça qu’on existe encore… Mais au final, je reste assez pessimiste.

La première rencontre : Stéphane Louis

On s’est rencontrés grâce à Cut justement. Il faisait des photographies pour l’UGC Ciné Cité de Strasbourg, qui lui a commandé une galerie de portraits de réalisateurs, d’acteurs et des équipes de films qui viennent en tournée à Strasbourg. Les murs de l’UGC sont habités de ses portraits et nous sommes croisés régulièrement pendant les rencontres. Moi pour Cut, lui pour UGC. Puis j’ai fini par lui proposer de faire une photo pour la revue : un portrait de Stanislas Merhar (vu dans L’Héritage, des frères Babluani, aux côtés de Sylvie Testud, ndlr) en l’occurrence. Il l’a fait et nous avons bien aimé bosser ensemble, nous nous sommes bien entendus même si ni l’un ni l’autre n’avons de grandes aptitudes à travailler avec d’autres gens. On a renouvelé l’expérience avec la venue de Claire Denis au cinéma Star/Saint-Exupéry, à Strasbourg. Puis, un jour, j’ai proposé à Stéphane de tenter une aventure plus vaste en lui disant que j’aimais beaucoup l’exercice du portrait et que je voulais faire une sorte de photographie du cinéma français un peu originale en n’allant pas forcément voir ceux qui ne sont pas systématiquement en tête d’affiche. Je lui ai demandé s’il était d’accord pour faire les photos. Il était partant. Et puis on s’est lancés là-dedans, de façon un peu sauvage... avec peu de contacts. Et ce n’est pas évident de rencontrer du monde en contournant les agents.


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