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par Damien Moreno, samedi 9 février 2008
No country for Old Men


Présenté à Cannes en 2007 et attendu depuis comme la hausse du pouvoir d’achat par la communauté cinéphile, plébiscité à l’unisson par la critique, No Country for Old Men, le nouveau film des frères Cohen, est enfin sur nos écrans. Et une légère déception aussi.

Eh oui, contre toute attente l’adaptation du roman noir de Cormac McCarty par les frères Cohen est un peu décevant. Exigeant, difficile, trop fine bouche, me direz-vous… peut-être mais pas que…

En vérité, No Country for Old Men est loin d’être un mauvais film. Ceci n’est pas un scoop : les frères Cohen ne savent pas faire de mauvais films. Leur filmographie est l’une des plus brillantes qu’il soit et abrite quelques joyaux du cinéma actuel : citons très arbitrairement The Big Lebowski, Fargo ou Barton Fink pour s’en persuader. Là n’est pas le problème. Non, le problème était plutôt de savoir à quoi allait ressembler ce qui, à ce jour, est leur première adaptation littéraire. Un projet idéal pour les cinéastes tant l’œuvre de McCarty semblait taillée pour eux. Une intrigue noire, des personnages spirituels et lunaires dans la lignée de l’élégant cow-boy de The Big Lebowski, un cadre confidentiel (le désert texan et les petites bourgades de la frontière mexico-américaine). Ajoutez à cela le style ultra descriptif de McCarty, à la lisière du scénario.

Tout dans ce livre ne pouvait qu’inspirer les Cohen et leur donner envie de filmer cette histoire, noire, cynique et profonde. Le résultat est une adaptation formelle pure jusque dans les moindres détails. Une mise en image des pages de McCarty, qui est resté en marge du projet. Le film reste ainsi extrêmement fidèle au roman, mais cette fidélité n’est restituée que globalement. Dés les premiers plans, on retrouve les mêmes images que l’on s’était projeté mentalement lors de la lecture du roman. Mais au sortir du film on ressent un sentiment d’inachevé. Le discours si attachant du roman se dilue sur la pellicule. Si le film débute et s’achève en compagnie du shérif Bell (Tommy Lee Jones), le script le met bizarrement en retrait tout au long du film alors qu’il était l’âme du roman. La caméra s’arrête davantage sur l’intrigue et l’action qui en découle. Elle semble plus préoccupée à restituer le cynisme et l’humour décalé du roman que les digressions du shérif Bell, qui dans le livre donnait toute sa force d’extrapolation à un argument de film noir basique (un homme découvre par hasard et dérobe le magot issu d’un trafic de drogue ayant mal tourné et s’engage dans une cavale face à un tueur à gages). Au final, le gros reproche que l’on peut faire au film est d’avoir cherché à rester fidèle au maximum au matériau initial en négligeant ce qui en faisait, au-delà d’un roman noir, une œuvre profondément réflexive sur la condition morale de l’Amérique.

Reste un film noir efficace et saignant, un Javier Bardem complètement barré et malgré tout une des premières grandes sensations ciné de ce début d’année.

Réalisation : Joel Coen, Ethan Coen Scénario : Joel Coen, Ethan Coen d’après l’oeuvre de Cormac McCarthy Photographie : Roger Deakins Musique : Carter Burwell Interprétation : Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin Pays : Etats Unis Genre : Thriller, Drame Durée : 2h 2min Année de production : 2007 Date de sortie en France : 23 Janvier 2008 Interdit aux moins de 12 ans Distribution : Paramount Pictures France Images © Paramount Pictures France

Pour aller plus loin :
Autre article sur le film par Céline Egéa

1 message

  • No country for Old Men

    10 mai 2009 06:27, par Morgane Le Moal

    Depuis le fade Lady Killers, je me suis jurée de bouder Ethan et Joel Coen jusqu’à ce qu’ils daignent me présenter leurs plus plates excuses cinématographiques (j’attends toujours celles de Woody Allen depuis Match Point et Scoop, d’ailleurs. A bon entendeur...) C’est chose faite grâce à No Country For Old Men.

    L’histoire de Llewellyn Moss, un gentil vaurien du Grand Ouest, croyant son jour de chance arrivé lorsqu’il tombe sur une valisette de billets au cœur de ce qui fut un règlement de comptes de dealers en plein désert. Mais toute chance a son revers de monnaie. Llewellyn Moss a par cet “heureux” hasard croisé la route de Anton Chigurh, un tueur sociopathe psychopathe ? à la coupe solde de Lego.

    A mi-chemin entre Le Bon, La Brute et le Truand et The Shining, les frères Coen signent un succulent film noir adapté du roman homonyme de Cormac Mc Carthy. Et retrouvent, depuis Blood Simple (1984) et Fargo (1996), le goût de titiller le fil du rasoir, avec Javier Bardem en minutieux représentant de l’humour macabre.

    Les frérots Coen ont dessiné là où Carmac Mc Carthy avait laissé du blanc un psychopathe dérangeant et drôle – pour les fans du 8e degré ou ceux qui pensent, comme moi, que cette vieille branche d’Hannibal Lecter est plus comique que Coluche. Avec le luxe du raffinement ultime : l’humour noir. Car c’est la classe et le savoir-vivre qui hissent un bon sociopathe au rang de légende, ce penchant pour l’élégance, la politesse, le bon mot, voire même les joutes verbales. Pas de “Je vais te saigner comme un goret, salope” de feu Scream (1, 2 ou 3, d’ailleurs). C’est le sang froid, la retenue et la poésie qui différencient ces hommes (ou femme si l’on oublie la dinguerie d’Annie Wilkes dans Misery) extraordinaires du commun des mortels. Il y a de la séduction dans la terreur, un attrait impossible à définir, une cour presque animale. Ces maîtres de la perversion ne seraient-ils pas, finalement, les plus fins séducteurs ?

    Pour le plaisir, un extrait du Silence des agneaux : Hannibal Lecter à l’agent Clarice Starling : “Vous savez à quoi vous ressemblez avec votre sac à main et vos chaussures bon marché ? À une fille de ferme, une fille de ferme endimanchée, sans le moindre bon goût. Une alimentation correcte a fait de vous une fille solide mais vous n’êtes pas à plus d’une génération de la pauvreté crasse. N’ai-je pas raison, agent Starling ? Et cette origine que vous essayez désespérément de cacher, vous venez du fond de la Virginie… Que fait votre père ? Est-ce qu’il descend dans la mine ? Est-ce qu’il empeste le charbon ? Et les garçons qui n’arrêtaient pas de vous sauter dessus, tous ces tâtonnements pénibles et moites à l’arrière des voitures pendant que vous ne rêviez que de partir, de vous sortir de là et d’entrer enfin au FBI…”

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