Au delà d’un récit classiquement romantique, où l’amour triomphe malgré les pièges et autres difficultés que dressent contre lui le monde et les hommes, Jodhaa Akbar est un message de tolérance entre religions. Parti pris intéressant quand on sait combien aujourd’hui l’Inde et le Pakistan sont traversés par des violences religieuses de plus en plus meurtrières. Les attentats et autres attaques qu’a subi le pays de Gandhi en est malheureusement la preuve. Sous prétexte de désaccords religieux, certains hommes assouvissent leurs besoins de dominations, de tueries, de violences.

Prenant pour base l’époque médiévale de l’Inde où de multiples rois et autres princes guerroyaient pour conquérir le territoire du voisin, et en romançant à l’extrême cette histoire afin qu’elle devienne lisible par tous, Ashutosh Gowariker a écrit un plaidoyer sur la paix des religions. Ce qui illustre très bien ce que dit Elisabeth Lequeret dans son article pour le Monde diplomatique en 2004 : "Les productions locales ne servent pas seulement à divertir : aller voir un film relève du rite, du pèlerinage où la société se met en scène, désamorce violences et crise sociale au travers de fictions très codifiées." Le fait de désamorcer la violence est le fondement de ce film, désamorcer le conflit, qui aujourd’hui dure depuis l’Empire moghol, entre musulmans et hindouistes.
Akbar est un prince guerrier, musulman, qui souhaite instaurer la paix et agrandir son territoire. Mais la guerre n’est pas forcément la meilleure des solutions pour s’agrandir, les alliances politiques sont parfois nécessaires. Qui dit alliance, à l’époque, dit souvent mariage. Akbar va donc épouser la jeune, jolie et intelligente Jodhaa, de confession hindouiste. Nous retrouvons là les deux religions, islam et hindouisme, dont la cohabitation est la plus difficile. L’Inde est une union de régions, le pays n’est pas laïc, mais si l’on doit le décrire, le terme le plus proche serait séculier. Car l’Inde reconnaît toutes les religions comme égalitaires, ce qui semble être la meilleure des décisions pour que règne la paix, hors des tensions (attentats, pogroms… ) particulièrement vives entre les musulmans et les hindouistes, qui font baigner le pays dans le sang et la violence.

Jodhaa Akbar veut donner une image de tolérance des religions, qu’elle soit musulmane ou non. Akbar accepte d’épouser Jodhaa. Mais celle-ci est divisée entre faire le bien de son pays et renoncer à sa religion, ou rester libre et risquer un conflit extrêmement sanglant. Elle posera des conditions, comme avoir un lieu de culte hindouiste au coeur du château. Alors se met en place le processus de la tolérance, si je puis dire, c’est-à -dire que le prince apprend, parfois difficilement, à connaître cette autre religion, cette autre façon de prier.
Seuls les musulmans sont capables de cela ? Non, bien sûr, Jodhaa aussi apprend ce qu’enseigne l’islam, et au lieu d’opposer les deux religions, le couple essaie d’enseigner à l’autre ce qu’elle représente de meilleur (la cuisine pour l’hindouisme, la culture pour l’islam).
Le public indien est, on le sait, passionné de cinéma. Pour lui aller au cinéma représente un acte culturel fondamental. Il est à craindre que le public occidental, lui, ait du mal à supporter les trois heures de film, non qu’il lui manquera des codes pour comprendre, mais parce que, malgré tout, ce film est fait pour le public du sous-continent et pour celui-ci avant tout. Jodhaa Akbar sort pourtant des films indiens habituels car au delà de la romance, des trahisons, et de l’amour, il y a un vrai discours sur la tolérance entre les religions.
Réalisation et scénario : Ashutosh Gowariker Photographie : Kiiran Deohans Interprétation : Aishwarya Rai, Hrithik Roshan Pays : Inde Genre : Romance Sortie DVD : 4 décembre 2008 Année de production : 2008 Durée : 3H33 mn Production France : Bodega Films
Bonus
10 Scènes coupées avec introduction du réalisateur (SD - 32 mn)
Entretiens avec les acteurs et l’équipe technique (SD - 22 mn)
Bandes-annonces (SD - 8 mn)
ainsi qu’un DVD Bonus contenant le documentaire : Les cinémas indiens (2008 - Couleurs – 162 mn - V.O.S.T.F.)
Réalisation : Hubert Niogret (Positif)