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Thirst, ceci est mon sang
mardi, 20 octobre 2009
/ Pierre Fonsagrive / Pierre Fonsagrive a fait ses études supérieures à l’ESRA, et s’est dirigé ensuite vers le court-métrage. Son parcours dans l’audiovisuel l’a mené à animer un atelier cinéma pour des collégiens. Actuellement il travaille dans le film institutionnel avec sa propre structure tout en continuant cependant à s’investir dans ses projets personnels : il prépare un nouveau court et travaille à l’écriture d’un long.
Ca n’a jamais été facile d’être vampire. Originellement, le vampire est victime de l’isolement, de l’ennui et d’une certaine douleur somatique : celle d’être mort et de ne plus sentir la vie. Pour en arriver bien sûr, à cette étrangeté de prendre en compassion un mort-vivant et s’identifier à sa souffrance, il a fallu qu’on en fasse un être individué qui s’exprime en disant "je". La chose est plus rare dans le reste du bestiaire d’outre-tombe, quoique pas inexistante, mais, ayant survenu bien plus tardivement, elle en est comme moins légitime. Un zombi qui parle tient toujours, ou presque, du pastiche : on sait que contrairement à un vrai vampire un vrai zombi n’a pas d’âme.

Depuis quelque temps le vampire fraie avec les vivants : c’est la fin du vampire gothique et le début du vampire moderne. D’avoir copiné avec le genre humain, le vampire moderne y a gagné la jeunesse mais a renforcé sa malédiction d’un élément terrible : la culpabilité de tuer. C’est pour lui inacceptable. Cette thématique, très populaire aujourd’hui, se retrouve dans de nombreuses productions actuelles (Entretien avec un vampire, Twilight, True Blood, …) et apparaît bien sûr dans le film dont il est question ici.

Le personnage principal, un prêtre ( !) se tiraille de ne vouloir succomber à son désir meurtrier tout vampirique. C’est d’autant cruel pour lui que sa condition, il la doit à un sacrifice, une prière de vouer son corps et sa dignité, non pas à une survie et une vigueur démoniaque, mais à une ascèse morbide totale. Coup du sort pour lui donc, de se réveiller d’une mort clinique, régénéré de ses blessures, et avec comme seul envie celle, plus forte que jamais, de goûter au corps et au sang de l’autre. Pulsion qui se verra assouvie avec la complicité d’une jeune fille, moins scrupuleuse, et moins à cheval sur les notions de bien et de mal.

Ce ne serait cependant pas tout à fait juste de dire du film qu’il est dans l’ère du temps sous le seul prétexte que son protagoniste refoule son goût du sang, tant il prend des directions ahurissantes. Exception faite de cette répulsion d’ailleurs, il entretient peut-être plus encore d’affinités avec l’héritage gothico-classique ; seul, laid, malade, c’est la panoplie des affres du vampire ancienne mode qu’on retrouve là. Mais en s’étant inspiré du Thérèse Raquin d’Emile Zola, Park Chan Wook a amené le film de vampire dans des contrées où on aurait jamais cru le voir.

Perdu entre l’érotisme, le fantastique, le gore, Thirst prend avant tout son sens dans son titre.

Réalisation : Park Chan-Wook Scénario : Park Chan-Wook Interprétation : Song Kang-Ho, Kim Ok-Bin Pays : Corée du Sud Genre : fantastique Durée : 2h13 Année de production : 2008 Date de sortie en France : 30 septembre 2009 Distribution : Le Pacte / Focus Features Images @Le Pacte